Guinée : un Etat qui rend vulnérable et expose la dignité de ses citoyens !

Personne ne pouvait s’y attendre. Mais, ils l’ont fait. Les dirigeants actuels de la Guinée, qui ont pris le pouvoir par effraction, ont franchi la ligne rouge. Trois des plus grands groupes de médias (Djoma médias, Hadafo médias et Groupe Fréquence médias) ont vu leurs licences d’exploitation retirés par les autorités. Une chape de plomb qui s’abat sur les médias indépendants pour une gouvernance qui bat de l’aile. Des centaines de guinéens plongés dans les affres du chômage et de la précarité.

Qui l’eût cru ? Dans la matinée du dimanche, 05 septembre 2021, de nombreux guinéens avaient applaudi. Mais, ils avaient plus applaudi la chute du président Alpha Condé, coupable de nombreuses dérives, que la venue au pouvoir des militaires, un véritable saut dans l’inconnu. Le Général Mamadi Doumbouya avait débarrassé la Guinée d’un régime de plus en plus autocratique. Cependant, nombre de nos compatriotes, dans la ferveur de l’euphorie, à juste raison d’ailleurs, avaient conseillé de célébrer avec modestie la venue des « libérateurs » du 05 septembre.

Au fil du temps, on s’est rendu compte que l’éléphant applaudi est arrivé avec un pied cassé. Les guinéens sont tombés de Charybde en Scylla. On a remplacé la peste par le choléra. Le remède a fait plus de misère que la maladie qui rongeait notre pays.

De la persécution des acteurs politiques au retrait injuste, arbitraire, illégale et cynique des licences des médias, la junte a révélé son vrai visage : démolition tous azimuts et sans ménagement de maisons d’habitations, au nom d’une fallacieuse récupération des domaines de l’Etat, assassinats par balles de guinéens lors de manifestations sociales et politiques, restrictions incessantes des libertés publiques, arrestations illégales, détention préventive prolongée des anciens dignitaires du régime déchu… Le loup s’en donne à cœur joie dans la bergerie et continue de s’en délecter. « Quand le renard dit l’évangile, il envoie les poules en enfer », dit un proverbe africain.

Le retrait des agréments des plus grands groupes de médias n’est que la continuation de la descente aux enfers que la Guinée connaît depuis la chute d’Alpha Condé. Précipitant près d’un millier d’employés dans le chômage, dans un contexte économique particulièrement difficile. La junte et le gouvernement rendent ainsi de très nombreux pères et mères de familles vulnérables et exposent leur dignité. Tel doit être le rôle d’un Etat intelligent et raisonnable ? N’est-il pas un devoir pour l’Etat de créer des emplois et d’assurer la sécurité de ceux existants ? Vous prétendez recruter des agents pour la fonction publique, mais vous détruisez, sciemment et cyniquement, des centaines d’emplois dans le secteur privé.

Avec le CNRD et ses instruments, qu’il actionne à souhait pour exécuter le « sale boulot » (l’expression vient d’un membre influent de la junte), on a touché le fond. Ils sont en train de le creuser, au grand dam du guinéen, qui se dit toujours que tant que ce n’est pas lui, ce n’est pas son problème.

Quand on veut atteindre à la dignité de l’homme, il doit faire face. Quoi que cela lui coûte. En plus des actions judiciaires qu’il faut entreprendre contre cette fuite en avant, notamment un Recours pour excès de pouvoir (REP) devant la Cour suprême, les guinéens épris de justice et démocratie doivent se lever comme un seul homme pour barrer la route aux prédateurs des libertés d’expression et de la presse.

« A toute diminution de la liberté de la presse correspond un arrêt de civilisation », disait Victor Hugo. Les forces rétrogrades qui veulent ramener la Guinée à la sauvagerie primitive vont lamentablement échouer.

Alpha Mamadou Diallo

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