Présidentielle ivoirienne : Alassane Ouattara lève enfin le faux suspense !

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Est-ce bien pour montrer qu’il demeure le maître des jeux, et du temps, qu’Alassane Ouattara, le président ivoirien, a annoncé, officiellement, sa candidature ce mardi 29 juillet, soit à seulement trois mois de la présidentielle prévue pour le 25 octobre ? Mieux, pourquoi se livre-t-il à cet exercice, alors que ce 29 juillet est jour anniversaire de naissance de Tidjane Thiam, le président et candidat du Parti démocratique de Côte d’Ivoire, le PDCI-RDA ? Est-ce un pied de nez à celui qui devait être son principal et véritable challenger, s’il n’avait été empêché de figurer sur la liste électorale, à cause d’une décision judiciaire liée à sa double nationalité ivoiro-française d’alors ? Cherchait-il nécessairement à prendre à contre-pied, dans ces dribles dont il est devenu coutumier, les bookmakers et analystes de la politique ivoirienne qui avaient prédit qu’il dévoilerait ses intentions, le 6 août, la veille de la fête nationale de la Côte d’Ivoire ? Pourquoi avoir autant attendu, alors que ses partisans, notamment les cadres de sa formation politique, le Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix, le RHDP, l’avait présenté, depuis fort longtemps, comme leur candidat naturel ? Pourquoi n’a-t-il pas décliné l’offre, ne serait-ce que pour se reposer enfin, se déchargeant, à 83 ans, des lourdes tâches de la fonction ? Il le mérite pourtant !

Le chapelet d’interrogations peut s’égrener encore à satiété, mais la plus cruciale des questions et qui divise, d’ailleurs la classe politique ivoirienne, est bien celle-ci : Alassane Ouattara est-il en course pour briguer un deuxième ou un quatrième mandat ?  La réponse varie selon la constitution que l’on évoque. Celle actuelle de 2016 et modifiée en 2020, qui a établi la Troisième République, adoptée par référendum le 30 octobre 2016, remplaçant la constitution de 2000, permet à Alassane Ouattara de se situer à son deuxième mandat présidentiel. Sauf que les détracteurs du président candidat à sa propre succession ne l’entendent pas de cette oreille. Dénonçant un quatrième quinquennat, après ceux de 2010, 2015 et 2020. Une contestation de l’opposition qui fait craindre une élection houleuse, qui pourrait, malheureusement, rouvrir les plaies non encore cicatrisées des violences post-électorales meurtrières de 2010. Comme quoi, les démons du chaos électoral rôdent toujours autour des urnes, dans une Côte d’Ivoire où l’élogieux bilan économique d’Alassane Ouattara parle pour lui, mais où la réconciliation nationale dont il s’était fait le chantre prend des airs d’une symphonie inachevée.

Mais, chercher à s’éterniser au pouvoir, est loin d’être un fait inédit en Côte d’Ivoire. Le long règne du premier président du pays, Felix Houphouët Boigny en dit long sur la chose. De même, feu Henri Konan Bédié qui a succédé au « Vieux », tout comme son successeur à lui, Laurent Gbagbo, après la brève parenthèse sanglante Robert Guéï, ont, tous manifesté des velléités d’assoiffés de pouvoir. Ailleurs en Afrique, les cas de chefs d’Etat qui se croyaient, ou se croient trop jeunes pour abandonner le pouvoir, sont légion. Les plus emblématiques étant l’Equato-Guinéen, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, 83 ans et 45 ans au pouvoir et son aîné d’âge, le Camerounais Paul Biya, 92 ans, 42 ans et 8 mois au pouvoir et allant vers un 8e mandat présidentiel. A eux deux, ils battent tous les records de longévité aux affaires dans des républiques démocratiques transformées en monarchies de fait. Du reste, nul ne peut prétendre savoir quand est-ce que ces dinosaures vont lâcher prise.

En tout cas, si Alassane Ouattara qui, profitant de la mise hors course de ses principaux adversaires, promet tout de même, une élection démocratique et paisible, a la légalité avec lui, et que la stabilité politique est souvent un pilier du développement, il ne doit pas non plus perdre de vue que paix et cohésion sociales sont des facteurs indéniables de cette émergence de la Côte d’Ivoire dont il a fait son cheval de bataille. Rude sera, probablement, le chemin pour atteindre les urnes du 25 octobre 2025, même si les Ivoiriens ne sont plus prêts à vivre les affres de 2010-2011 !

Elections c’est pas la guerre !

Par Wakat Séra (Burkina Faso)

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