
300 000 disparus dans le monde en cinq ans, c’est le chiffre communiqué ce vendredi 29 août par le Comité international de la Croix-Rouge. Un chiffre qui a bondi de près de 70 % en cinq ans, en raison de la multiplication des conflits et des migrations massives, mais aussi du non-respect des lois de la guerre.
Chaque 30 août est la Journée internationale des victimes de disparition forcée. Il s’agit de personnes dont les proches n’ont plus de nouvelles, le plus souvent enlevées par des États, et dont les droits humains sont systématiquement violés.
Mais les chiffres communiqués par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) ne serait que « la partie émergée de l’iceberg ». Ce sont les mots de Pierre Krennbule, le directeur général de l’organisation. Il s’est exprimé à Genève et déplore que « des millions de personnes ont été séparées de leurs proches dans le monde (…) du Soudan à l’Ukraine, de la Syrie à la Colombie (…) ».
Près de 290 000 personnes disparues en 2024
Fin 2024, ce sont précisément 284 400 personnes qui ont été enregistrées comme disparues par le Réseau des liens familiaux du CICR, soit une augmentation de 68% par rapport à 2019. Selon l’organisation internationale, « cette tragédie est évitable, avec des mesures plus strictes pour éviter la séparation, protéger les personnes en détention et gérer correctement les morts (…) ».
Car dans un contexte de guerre, il existe des lois, afin d’éviter de séparer les membres d’une même famille pendant un transfert ou une évacuation de civils notamment. Les détenus sont par ailleurs censés pouvoir maintenir le contact avec leurs proches. Toujours d’après le CICR, la mort des combattants ennemis devrait être communiquée à leurs familles.
Certains pays dans le monde sont particulièrement concernés par le sujet des disparitions forcées. C’est le cas du Venezuela, où le pouvoir exécutif se sert de cette méthode pour réprimer l’opposition locale et faire pression sur les pays étrangers, selon l’ONG Amnesty International.
Tous les continents sont concernés par les disparitions forcées. Au Mexique, Reporters sans frontières (RSF) et l’ONG mexicaine Propuesta Cívica ont soumis deux plaintes contre l’État mexicain au Comité des droits de l’homme de l’ONU, à Genève, concernant des journalistes disparus. Les plaintes dénoncent la disparition forcée de deux professionnels de l’information et mettent en lumière les défaillances systémiques du système d’enquête du pays, qui favorisent l’impunité pour les crimes commis contre les journalistes dans un pays en proie à une violence généralisée contre la presse. Au Mexique, au moins 28 journalistes ont disparu, la plupart depuis près de deux décennies, sans qu’il n’y ait aucune information sur leur sort ou leur localisation.
Camilo Castro, détenu au Venezuela depuis deux mois
À la fin du mois de juin, Camilo Castro, professeur de yoga en Colombie, traverse la frontière avec le Venezuela afin de pouvoir renouveler son visa. « À partir de là, on n’a plus de contact, témoigne Yves Gilbert, le beau-père de Camilo, au micro d’Aude Villiers-Moriamé du service France. On a commencé à le chercher, en demandant au gouvernement vénézuélien, par l’intermédiaire, évidemment, de l’ambassade française de Caracas, s’ils avaient vu quelqu’un qui s’appelait Camilo Castro. À ces questions-là, le gouvernement vénézuélien n’a toujours pas répondu. »
Il faut attendre un échange de prisonniers entre le Venezuela et les États-Unis, fin juillet, pour avoir des nouvelles de Camilo. « Et donc sont sortis des détenus qui étaient dans la même prison que Camilo, qui l’ont reconnu formellement, qui nous ont expliqué comment se passait la vie dans cette prison : quasiment une centaine d’étrangers y sont regroupés, privés d’à peu près tous les droits, ils ne peuvent pas accéder à un avocat, ils ne peuvent pas communiquer avec leurs familles », ajoute Yves Gilbert.
Pourquoi Camilo ? Des raisons avant tout géopolitiques, selon Clara del Campo, d’Amnesty International. « Le gouvernement du Venezuela utilise tous les leviers de négociations possibles pour parvenir à ses fins, pour qu’il y ait moins de critiques internationales par exemple. Donc, cela ne nous surprendrait pas, malheureusement, qu’ils utilisent Camilo comme un outil de pression », note-t-elle. Amnesty International estime que plusieurs centaines de personnes pourraient avoir été victimes de disparition forcée au Venezuela depuis l’an dernier.
Radio France Internationale (RFI)
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