
En Afrique de l’Ouest, l’exploitation aurifère artisanale et à petite échelle (ASM) a longtemps constitué le maillon faible des filières aurifères des pays producteurs. Mais ces dernières années, la situation évolue grâce à des réformes visant à mieux encadrer et formaliser ce segment économique.
Au Burkina Faso, la production nationale d’or a dépassé 94 tonnes en 2025, soit plus de 30 tonnes de plus que les volumes déclarés en 2024. Cette donnée a été rapportée le lundi 2 février par le ministre des Mines, Yacouba Zabré Gouba, qui note une importante contribution de 42 tonnes du secteur artisanal. Cette performance marquante met à nouveau l’or artisanal sous le feu des projecteurs en Afrique de l’Ouest, après les données d’exportation record récemment publiées par le Ghana.
De premiers signes de succès après des réformes
Avec sa performance de 2025, la filière aurifère artisanale burkinabé fait ainsi un important bond, après n’avoir livré que 8,1 tonnes d’or en 2024. De quoi lui permettre de peser davantage dans la production nationale, largement dominée jusqu’ici par les mines industrielles. Surtout, cette contribution tombe à point nommé pour le Burkina Faso, qui sort de trois années de baisse consécutive de sa production aurifère, dans un contexte de tensions persistantes dans le segment industriel.
Cette avancée n’est toutefois pas une surprise, surtout au regard des initiatives annoncées ces dernières années dans le pays pour structurer le segment de l’or artisanal. Cette dynamique a notamment été portée par la création de la Société Nationale des Substances Précieuses (SONASP), laquelle est chargée d’acheter la production artisanale et semi-mécanisée dans l’objectif de mieux contrôler les flux échappant encore à l’Etat.
Cette approche, on la retrouve également au Ghana, avec quelques variantes. Depuis le 1er mai 2025, en effet, le GoldBod est entré en fonction en tant que régulateur unique, accrédité comme seul acheteur de l’or produit par les petits exploitants, qu’il prend également en charge pour la réexportation. Dans ce cadre, la structure s’est fixé l’objectif d’acquérir au moins 3 tonnes d’or artisanal par semaine, exportant au final sur l’année 100 tonnes d’or et générant quelque 10 milliards USD de recettes.
Ce résultat a permis à la filière aurifère artisanale de représenter près de la moitié des recettes d’exportation d’or du Ghana en 2025, estimées à 20,9 milliards USD. C’est un chiffre significatif pour un segment dont la production n’avait atteint que 1,9 million d’onces en 2024 (environ 59 tonnes), soit 39 % de la production nationale, contre 61 % pour les mines industrielles. Pour l’instant, les données de production du pays pour 2025 n’ont pas encore été publiées.
Du défi de maintenir la dynamique dans le temps
Grâce à leurs réformes respectives, le Ghana et le Burkina Faso ont non seulement mis en lumière le potentiel encore peu exploité de l’or artisanal, mais ont aussi renforcé leurs chances de bénéficier de la hausse prolongée des prix de l’or l’an dernier. Au Ghana, cette tendance s’est traduite par un quasi doublement des recettes aurifères d’une année sur l’autre, tandis qu’au Burkina Faso, un impact positif sur l’économie nationale est annoncé.
« Ces résultats ont contribué au renforcement de la part du secteur minier dans le Produit intérieur brut, avec un impact positif sur la valeur ajoutée nationale et la croissance économique », a laissé entendre M. Gouba, sans toutefois fournir de données précises pour étayer ses propos. Il convient de souligner qu’à l’instar du Ghana, l’or est également le principal produit d’exportation du Burkina Faso.
Malgré ces progrès, le véritable défi pour les deux pays reste de pérenniser les réformes engagées. Au Ghana, le GoldBod entend déjà s’y atteler, annonçant la semaine dernière son intention de tester un nouveau programme de traçabilité auprès de 600 mines artisanales. Alors que le prix de l’or reste soutenu en 2026, se négociant juste sous la barre des 5 000 USD l’once, jeudi 5 février, il sera intéressant de suivre les progrès du Ghana et du Burkina Faso dans leur ambition de formaliser l’or artisanal.
D’autres pays producteurs, comme le Mali et la Côte d’Ivoire, afficheraient également une production artisanale significative, selon plusieurs sources concordantes, dont l’ONG SWISSAID.
Source : Agence Ecofin
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