
La coupure du réseau Starlink imposée par Elon Musk aux forces russes en Ukraine a probablement désorganisé leur structure de commandement tactique et limité leur capacité offensive. Mais, ses effets à long terme restent incertains.
A quoi sert Starlink aux Russes ?
A deux choses : Ils équipent des drones d’antennes Starlink, ce qui les rend plus performants en allongeant leur portée et en rendant plus difficile de les brouiller.
Aussi et surtout, ils s’en servent pour fluidifier leurs communications et la structure de « commandement et contrôle » (C2), soit « l’organisation de la chaîne opérationnelle qui permet au militaire au sommet de donner des ordres à tous les niveaux de responsabilité, jusqu’aux combattants », explique une source militaire occidentale.
Et dans ce domaine, « toutes les armées qui ont un peu d’argent et qui ont besoin de débit utilisent Starlink. C’est souple, ce n’est pas cher, et ça vient bien compléter les systèmes militaires qui ne permettent pas l’augmentation du débit », résume cette source.
En Ukraine, le réseau américain « permettait aux unités russes de contrôler leurs forces et leurs drones en temps réel, d’avoir une vision d’ensemble de la ligne de contact et de prendre des décisions adaptées », résume Yuriy Fedorenko, commandant de la 429e brigade ukrainienne de drones Achilles, sur Freedom TV.
Un besoin d’autant plus vital au vu de la configuration du front ukrainien.
« Il n’y a pas de front proprement dit où les armées sont au contact. C’est une +kill zone+ de plusieurs kilomètres de large survolée par des drones, où évoluent de petites escouades mobiles qui essayent de faire des coups, par-ci, par-là », a expliqué un très haut gradé européen à l’AFP.
« De nombreux soldats russes y sont constamment en mouvement. Ce sont des points névralgiques », résume à l’AFP Serguiï Beskrestnov, conseiller du ministère ukrainien de la Défense pour la technologie.
Quels ont été les effets du blocage pour les Russes ?
Enormes selon les Ukrainiens, qui affirment que les Russes ont une vraie dépendance à Starlink. L’AFP n’est pas en mesure de le vérifier indépendamment.
« Pour les Russes, ce n’est pas simplement un problème, c’est une catastrophe », dit M. Beskrestnov. « Nous savions qu’ils utilisaient Starlink sur le front », mais « nous ne pensions pas que c’était aussi crucial ».
Côté russe, on minimise. D’après Valery Tichkov, responsable de la communication des armées russes, Starlink n’est utilisé que de façon marginale et l’armée russe « dispose de tous les services de communication modernes de fabrication nationale. Le système de contrôle des opérations fonctionne de manière fiable et garantit le commandement et le contrôle des troupes au front ».
Comment les Russes s’adaptent-ils ?
Selon plusieurs sources ukrainiennes, ils tentent de soudoyer des citoyens ukrainiens pour qu’ils enregistrent des Starlink légitimes qui seraient ensuite utilisés au front. « Le SBU met en garde : c’est une infraction », passible de la prison à vie, a prévenu le service de sécurité ukrainien.
Ils déploient aussi leurs propres solutions satellites, confirment les Ukrainiens, mais qui ne sont pas aussi souples que les liaisons avec la constellation de satellites en orbite basse (LEO) Starlink. Il s’agit de liaisons haut débit avec les satellites géostationnaires russes Yamal et Express, plus éloignés et moins nombreux.
En outre, « il faut un récepteur satellite équipé d’une grande antenne parabolique », cible de choix pour les Ukrainiens, affirme M. Beskrestnov. « Les Russes l’ont compris et les reculent de 10 à 15 kilomètres et déploient à partir des récepteurs un réseau wi-fi vers le front (wi-fi bridge). Nous essayons de localiser ces terminaux ».
Est-ce à même de changer la donne ?
Les forces armées ukrainiennes ont réussi en février à regagner du terrain, un phénomène rare car la tendance est celle d’un lent grignotage par les Russes.
« En une journée, nous avons mené des contre-attaques sur toute la ligne de contact. Certaines ont été couronnées de succès », a dit à l’AFP un haut responsable militaire ukrainien, sans fournir plus de détails.
Les militaires ukrainiens « tirent probablement parti du récent blocage de l’accès des forces russes à Starlink », avance l’Institut for the Study of War (ISW).
Pour autant, la situation générale ukrainienne et la configuration même du front ne sont pas propices à des évolutions spectaculaires, comme le rappelle la source militaire européenne : « Très peu d’hommes arrivent au contact direct des soldats d’en face, et il n’y a pas de combat mécanisé (qui permettrait d’exploiter une éventuelle percée, ndlr), cela va très lentement ».
Auteur : AFP
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