Focus sur le commerce intrarégional de la tomate en Afrique de l’Ouest

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La tomate est l’un des légumes les plus cultivés et consommés en Afrique de l’Ouest. Comme pour de nombreux produits agricoles échangés au sein de la sous-région, une grande partie des flux commerciaux transite par des circuits informels.

Le lundi 16 mars 2026, le Burkina Faso a annoncé la suspension de ses exportations de tomates fraîches. Si l’ambition affichée par les autorités est de sécuriser l’approvisionnement du marché local afin de soutenir le développement de l’industrie de transformation, cette décision pourrait avoir des répercussions au-delà des frontières.

Un rapport publié en 2025 par le Club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest (CSAO) de l’OCDE met en lumière l’ampleur et la complexité des échanges intrarégionaux de tomates, encore largement sous-estimés par les statistiques officielles.

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Un marché sous-régional sous-estimé

Intitulé « Le commerce alimentaire intrarégional en Afrique de l’Ouest », ce document analyse notamment les flux commerciaux de la tomate dans la sous-région, et met en évidence un important décalage entre les données officielles et la réalité des échanges. Et pour cause, le commerce intrarégional de la tomate repose largement sur des circuits informels qui échappent aux contrôles frontaliers.

« Selon les statistiques officielles, seuls le Ghana, la Côte d’Ivoire et le Niger importeraient des tomates fraîches en provenance de la région, pour une valeur annuelle combinée de 30 millions USD. Cependant, en intégrant les données sur le commerce non enregistré, la configuration du marché régional change radicalement. La part combinée du Ghana, du Niger et de la Côte d’Ivoire chute à 44 %, tandis que d’importants marchés jusqu’ici invisibles émergent, notamment le Nigéria (32 %) et le Burkina Faso (14 %) », explique le CSAO.

Dans ce contexte, le rapport établit un autre classement des principaux importateurs intrarégionaux de tomates en Afrique de l’Ouest sur la base des données officielles et non officielles, où le Ghana demeure le principal importateur de tomates dans la sous-région avec des achats évalués en moyenne à 40 millions USD par an entre 2014 et 2022.

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Cependant, l’ex-Gold Coast est cette fois-ci suivie par le Nigeria (37 millions USD), le Burkina Faso (15 millions USD) et la Côte d’Ivoire (6 millions USD) , qui arrive en 4e position. Avec des achats annuels évalués à 4 millions USD en moyenne sur la période considérée, le Bénin et le Niger se partagent la 5e marche du podium.

Par ailleurs, le CSAO estime également que les données collectées sur le commerce alimentaire non enregistré restent encore en deçà des flux réels qui circulent. Le Ghana illustre particulièrement cette problématique. Alors que les données combinées sur le commerce enregistré et non enregistré mentionnent environ 1700 tonnes de tomates importées par le Ghana en 2022, les estimations basées sur les chiffres de l’Association nationale des commerçants et transporteurs de tomates évoquent plutôt un volume réel proche de 100 000 tonnes.

« Sur cette base, la seule valeur du marché ghanéen des importations de tomates atteindrait environ 196 millions USD en 2022, soit près de six fois le montant total des importations intrarégionales officiellement déclarées pour l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest », indique le CSAO. Ce différentiel illustre une fois de plus l’ampleur du biais statistique qui affecte la lecture des marchés agricoles régionaux.

Des liens commerciaux difficiles à établir

Les insuffisances statistiques ne concernent pas uniquement la taille des marchés, mais aussi l’identification des partenaires commerciaux stratégiques. Cette situation peut conduire à une mauvaise orientation des politiques publiques et à des opportunités manquées pour les opérateurs économiques.

D’après le CSAO, le Burkina Faso illustre cette problématique. « Selon les statistiques officielles, les principaux marchés régionaux d’exportation alimentaire du Burkina Faso seraient le Ghana, le Mali et le Togo. Cependant, une fois les données sur le commerce non enregistré intégrées, le Nigéria apparaît comme le premier partenaire commercial du Burkina Faso, de loin, avec une valeur d’exportation six fois supérieure à celle enregistrée vers le Ghana. Le Bénin et la Côte d’Ivoire passent également de la 5e et 6e place à la 3e et 4e, respectivement. »

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Face à ces constats des décisions nationales comme la suspension des exportations de tomates annoncée par Ouagadougou le 16 mars 2026 pourraient avoir des effets bien plus importants qu’anticipé sur les marchés voisins en raison du poids du commerce informel.

Dans un contexte où une part significative des échanges échappe aux circuits formels, les perturbations de l’offre dans un pays peuvent rapidement se répercuter sur l’ensemble de la sous-région, notamment en matière de prix et de disponibilité.

Plus largement, la sous-estimation des flux commerciaux limite la capacité des décideurs à concevoir des politiques adaptées aux dynamiques réelles du marché, alors même que la tomate constitue un produit stratégique pour la sécurité alimentaire et le développement de l’agro-industrie en Afrique de l’Ouest.

Agence Ecofin

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