
Au moins 15 morts. C’est le bilan macabre, encore provisoire, de ce glissement de terrain qui s’est produit, dans la commune guinéenne de Manéah, dans la nuit du mercredi à jeudi 21 août. Les recherches se poursuivent pour retrouver d’éventuels survivants. Dans le même temps, ce sont des sans-abris et des familles entières qui n’ont que leurs yeux pour pleurer, et qui se demandent encore ce qui s’est passé.
Ils n’auront pas de réponse à leur interrogation, jusqu’aux prochaines intempéries qui enseveliront, au pied du Mont Kakoulima, ou ailleurs, des habitants qui s’installeront, encore et toujours, dans ces zones que tous savent, à risque. Et les mêmes autorités qui manifestent une compassion active de façade, et surtout très intéressée à l’endroit des populations touchées par ce drame, fermeront les yeux, sur ce danger permanent. Car, elles n’ont aucune envie de courir le risque de se mettre à dos des électeurs. Que valent quelques vies perdues devant les précieuses voix nécessaires pour se garantir un siège de maire, de député ou de président de la République ?
Oui, cette catastrophe naturelle porte bien la griffe de l’homme ! Démunis et confrontés à la misère endémique, ces Guinéens, et ils sont les plus nombreux, pour se loger, sont contraints de braver la mort en construisant des habitations précaires dans des zones à risque, avec la ferme conviction et la foi inébranlable qu’« Allah est grand » ! Les dirigeants, eux qui ne pensent qu’à leur pouvoir, vont jusqu’à tenir des meetings politiques dans ces endroits où le moindre vent ou les averses de ces longues saisons pluvieuses de pays côtiers, sont à l’origine de tragédies innommables ! Cette même indifférence qui les anime et les rend insensibles au quotidien de précarité d’une jeunesse sans emploi et sans perspective, pour qui la Méditerranée est devenue un cimetière à ciel ouvert !
A l’instar de bien des capitales africaines, Conakry, dans son plan de développement urbain, ne tient nullement compte de ces sauterelles qui empestent la ville et sont cantonnées à la périphérie où dans des quartiers qu’on appelle, à Ouagadougou, les « non-lotis » ou ghetto en Afrique du sud. Il en est de même des marchés où tout est permis, même s’installer dans les allées et sur des bouches d’incendie, empêchant ainsi tout passage et donc toute intervention rapide en cas d’incendie. Malheureusement, tout se passe au vu et au su de la municipalité dont les agents se permettent de collecter taxes et impôts auprès des commerçants ou d’habitants installés dans une anarchie totale.
Loin d’être l’apanage de Manéah et de Conakry, ces catastrophes naturelles meurtrières prévisibles, mais jamais évitées, frappent tout aussi bien à Cotonou, qu’à Abidjan, à Abuja qu’à Libreville, à Kinshasa qu’à Brazzaville, etc. Partout où les populations se cherchent et où l’incurie des gouvernants est le sport national, ces moments tragiques sont récurrents sous les tropiques. Et comme à Manéah, les autorités se rendent toujours sur les lieux des drames, en voitures 4X4, en bottes et abritées sous des parapluies, pendant que la boue engloutit les riverains de ces zones réputées hautement inondables. Si le ridicule tuait !
A quand la fin des Manéah en Afrique ? En tout cas, demain ne semble pas en être la veille !
Par Wakat Séra (Burkina Faso)
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