
Joseph Kabila, le premier ancien président de la république condamné à mort dans son pays ! Il aura donc attendu la fin de son règne long de 18 années, pour entrer dans l’histoire de la République démocratique du Congo. Une entrée sans doute pas par la bonne porte, car cette palme d’or qu’il l’acquiert par sa condamnation à mort, prononcée par la Haute cour militaire de Kinshasa, le fils de Laurent Désiré Kabila, l’aurait certainement déclinée si son prédécesseur lui en avait donné le choix.
C’est bien le cas de le dire, les juges qui ont fait tomber, ce mardi 30 septembre 2025, le couperet sur l’ancien président, accusé de « crimes de guerre, de « trahison et d’organisation d’un mouvement insurrectionnel », ont eu la main très lourde. Ce, d’autant qu’il avait été requis la réclusion à perpétuité contre celui que la juridiction kaki ne présente plus que comme le véritable chef de l’AFC/M23, le mouvement rebelle qui ne cesse d’arracher des pans larges du territoire physique de la RD Congo. Comme pour ne pas enterrer le cadavre en laissant les pieds dehors, c’est-à-dire pour ne pas laisser les choses à moitié, les juges de la Haute cour militait, tout en infligeant à l’ancien chef de l’Etat de 54 ans, 29 milliards de dollars de dommages et intérêts à verser à l’Etat, ont demandé son arrestation immédiate.
Mettre la main sur Joseph Kabila, sera, sans aucun doute, une autre paire de manches. Surtout s’il se terre au Rwanda, Kigali étant pointé du doigt comme le soutien des hommes de l’AFC/M23, les maîtres de grandes villes comme Goma et Bukavu. Hors de la RD Congo, pratiquement depuis qu’il a quitté les affaires en 2019, Joseph Kabila n’a même pas assisté au procès qui a fait de lui un client de l’échafaud. Sans doute persuadé que tout était joué d’avance, il n’avait même pas jugé utile de se faire représenter par des avocats, surtout qu’il était passé depuis un bon moment, de « puissant » à simple justiciable. Toutes ses immunités, dont celles de sénateur à vie lui avaient été enlevées. Il était devenu un homme nu, à la merci d’une justice militaire qu’il savait qu’elle ne lui ferait le moindre cadeau. Question : n’est-ce pas le même Joseph Kabila qui avait facilité l’accession de Félix Tshisekedi au fauteuil suprême, préférant un deal avec le chef de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) au candidat de la Coalition Lamuka, Martin Fayulu, reconnu comme le véritable gagnant de la présidentielle de 2018 ? La politique n’étant faite que de surprises et de retournements de veste, Joseph Kabila est devenu, aujourd’hui, pour le pouvoir de Kinshasa, l’homme à abattre tandis que le même Félix Tshisekedi cherche les bonnes grâces de Martin Fayulu, son adversaire d’hier.
A quoi servira la condamnation de Joseph Kabila, s’il est considéré comme le « chef de l’AFC/M23 », alors que le même mouvement rebelle se trouve à la table de négociation avec le gouvernement congolais pour le retour de la paix en RD Congo ? L’AFC/M23 et son soutien rwandais feront-ils de Joseph Kabila, le mouton de sacrifice ? Si la condamnation à mort de Joseph Kabila a été pensée pour calmer ses ardeurs et celles de l’AFC/M23, n’est-ce pas plutôt le meilleur moyen de raidir les positions et d’attiser le feu dans l’Est de la RD Congo, avec le risque d’embraser totalement ce « pays continent » ? Retourne-t-on à la case départ, et donc la mort des « accords de principe » de Doha ? A qui profitera le crime ? En tout cas, les populations civiles continuent, elles, de vivre l’enfer, alors que la convoitise des acteurs et commanditaires de la guerre, pour les richesses minières de la RD Congo, ne fait que croître.
Ce n’est donc pas sans raison que la cheffe de la Mission de paix de l’ONU (MONUSCO), Bintou Keïta, fait le constat amer et inquiétant que «la paix en République démocratique du Congo demeure encore largement une promesse ». Dans la foulée, elle ne manque pas de relever l’abîme entre les déclarations emphatiques de la diplomatie et le cycle imperturbable des violences sur le terrain, notamment dans les provinces orientales du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l’Ituri, où les groupes armés s’enkystent et font la loi.
Par Wakat Séra
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