Minerais critiques africains : comment les USA organisent leur riposte face à la domination chinoise (Rapport)

image-146 Minerais critiques africains : comment les USA organisent leur riposte face à la domination chinoise (Rapport)

Dans la course à la maîtrise des minerais critiques, les USA sont en retard par rapport à une Chine qui domine le marché, et qui se positionne sur l’ensemble de la chaîne de valeur. Dans ce contexte, l’Afrique représente un terrain de compétition stratégique majeur entre les deux puissances. Les États-Unis sont en train de mettre en place une stratégie multidimensionnelle qui combine la construction de corridors miniers, la prise de participation directs dans des actifs, une présence accrue dans l’amont et la négociation de droits de préférence pour sécuriser son accès aux minerais critiques africains et rogner l’emprise chinoise sur ce secteur stratégique, selon un rapport publié le lundi 13 avril 2026 par l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS).

Intitulé « De Lobito à Project Vault : la montée en gamme de la stratégie minière états-unienne en Afrique », le rapport précise que l’Afrique apparaît depuis le retour au premier plan de la politique de « sécurité économique » américaine comme un théâtre explicite de sécurisation des ressources minérales, le cuivre le cobalt et lithium.

L’objectif est d’assurer la souveraineté minérale à l’heure où la Chine occupe une position dominante dans la chaîne de valeur des minerais critiques, à la fois dans l’amont minier et surtout dans l’aval, c’est-à-dire le raffinage, la transformation et l’intégration industrielle. Dans cette optique, les développements enregistrés ces derniers mois révèlent une réorganisation et une montée en gamme de la stratégie minière américaine en Afrique.

Les corridors miniers demeurent des pièces importantes de cette architecture. Le corridor de Lobito, soutenu par la U.S. International Development Finance Corporation (DFC), a franchi un cap en décembre 2025, avec un prêt de 553 millions USD destiné à la réhabilitation du rail angolais et du terminal minéral du port, avec une capacité annoncée d’environ 4,6 millions de tonnes par an.

Le Liberty Corridor, porté par l’entreprise américaine Ivanhoe Atlantic, s’inscrit dans une logique comparable : relier par chemin de fer le district minier de Nimba en Guinée à un nouveau port en eau profonde à Didia. Ces corridors ne servent pas uniquement à sécuriser des routes pour des minerais critiques. Ils sont aussi utilisés comme levier de négociation avec les États hôtes et les opérateurs miniers.

Avec la République démocratique du Congo et la Gécamines, Washington cherche désormais à structurer des accords d’achat à long terme (offtake agreements), des droits de premier refus (ou droit de préférence, une clause contractuelle permettant à son bénéficiaire d’égaler une offre d’achat qu’un vendeur est prêt à accepter d’un tiers), ainsi que des joint-ventures de commercialisation. Dans ce cadre, des montages sont en cours avec des acteurs comme le négociant Mercuria pour organiser la commercialisation des parts de production étatiques, tout en offrant aux acheteurs américains un accès prioritaire à certains volumes.

Un autre axe de la nouvelle stratégie concerne les prises de participation dans des grandes compagnies minières, en vue de passer d’une logique d’accès à une logique d’influence. Les négociations autour d’une prise de participation significative dans les actifs congolais de Glencore par l’Orion Critical Mineral Consortium soutenu par les USA illustrent cette évolution. Le but de ces positions capitalistiques n’est pas de reprendre l’exploitation, mais d’acquérir une position suffisamment stratégique pour peser sur la gouvernance et surtout sur la destination des flux.

Les entreprises américaines se positionnent davantage sur l’amont minier

Ce repositionnement intervient alors que l’emprise chinoise reste déterminante dans la Copperbelt. Le géant minier chinois CMOC contrôle les mines de Tenke Fungurume et Kisanfu alors son compatriote Zijin Mining Group est présent dans Kamoa-Kakula, et la Sino-Congolaise des Mines (Sicomines) incarne la logique d’échange infrastructures contre minerais.

Ainsi, une part significative des volumes potentiellement transportés par Lobito est déjà intégrée dans des chaînes de valeur où la Chine conserve un rôle central. Les corridors ne permettent pas de contourner cette réalité, mais de la négocier. C’est précisément là qu’intervient Project Vault, qui marque une inflexion stratégique majeure.

Annoncé en février 2026 par l’administration Trump, ce projet vise à constituer une réserve stratégique américaine de 60 minerais critiques. Cette initiative, repose sur une architecture d’environ 12 milliards USD combinant financements publics et capitaux privés, dont un prêt record de 10 milliards de la Banque d’import-export des États-Unis (US Exim Bank), est considérée comme un « filet de sécurité » pour les industriels, similaire à la réserve stratégique de pétrole.

Mais la fonction du projet dépasse largement le stockage. Vault vise à sécuriser des volumes en amont, en garantissant des débouchés et en rendant bancables des accords d’approvisionnement de long terme. Le rapport souligne d’autre part que la logique de détention de positions capitalistiques dans les actifs miniers s’étend aussi à l’amont. L’acquisition de Chemaf, une société minière active en RDC spécialisée dans le cuivre et le cobalt, par un consortium mené par Virtus, un groupe d’investissement positionné sur les actifs miniers stratégiques, illustre ce basculement.

Pour un coût initial d’environ 30 millions USD et la reprise d’une dette supérieure à 600 millions USD, l’opération vise à relancer des actifs capables de produire environ 75 000 tonnes de cuivre cathodique et 25 000 tonnes de cobalt hydroxyde par an. Là où les corridors sécurisent le transport et Vault sécurise l’achat, ce type d’opération permet de sécuriser directement la production.

Parallèlement, des entreprises américaines s’attachent désormais à investir dans des projets miniers africains dès la phase d’exploration, en contrôlant non seulement les ressources, mais aussi l’information géologique et la structuration des futurs projets. Tel est par exemple le cas Kobold Metals qui développe le projet Mingomba en Zambie, avec un objectif d’environ 300 000 tonnes de cuivre par an, ou de Lifezone qui s’est positionnée des projets de nickel en Tanzanie et au Burundi.

Cette intensification de la présence américaine dans le secteur des minerais critique s’accompagne par ailleurs d’une transformation de la diplomatie américaine. La stratégie dite de « commercial diplomacy » repose désormais sur la constitution de véritables « deal teams », mobilisant diplomates, institutions financières et acteurs privés pour structurer des opérations concrètes.

L’IRIS fait cependant remarquer la stratégie américaine reste incomplète et ne permet à Washington de contrôler qu’une partie de la chaîne de valeur étant donné que le raffinage et la transformation des minerais critiques resteront largement dominés par la Chine, tout en notant que le véritable enjeu se situe désormais dans les segments industriels en aval, là où se concentre l’essentiel de la valeur.

Agence Ecofin

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