
Au Mali, la production d’or soutient les finances publiques dans un contexte de crise sécuritaire prolongée. La capacité des compagnies à maintenir leurs opérations, malgré les attaques et blocus récurrents, est donc un enjeu économique majeur pour Bamako.
Dix jours après les attaques qui ont ébranlé la capitale Bamako et plusieurs villes du Mali, le secteur minier local confirme sa résilience. Après les producteurs d’or Allied Gold et Resolute Mining, c’est Kodal Minerals qui a annoncé mardi 5 mai la poursuite normale de ses activités dans le pays. Plusieurs facteurs expliquent la situation, même si des fragilités persistent derrière cette apparente solidité.
Les attaques du 25 avril, revendiquées par le JNIM affilié à Al-Qaïda et des rebelles touaregs, ont coûté la vie au ministre de la Défense Sadio Camara et touché l’aéroport de Bamako ainsi que plusieurs localités du centre et du nord du pays. Le président Assimi Goïta s’est depuis nommé à la tête du ministère de la Défense entendant ainsi superviser la riposte sur le plan sécuritaire. Alors que Bamako panse ses plaies, le pays peut pour l’heure se féliciter de ne pas avoir à gérer un arrêt de ses mines, véritables poumons économiques.
Des sites miniers à l’écart des zones de conflit
Allied Gold a indiqué le 28 avril que sa mine d’or Sadiola, dans la région de Kayes, dans l’ouest du pays, continue ses activités. Le même jour, Resolute Mining a aussi confirmé la poursuite de la production d’or à sa mine Syama, dans la région de Sikasso, dans le sud du Mali, à une trentaine de kilomètres de la frontière ivoirienne. Kodal Minerals a de son côté précisé que sa mine de lithium de Bougouni, également située dans le sud du pays, est épargnée, son site continuant de recevoir ses livraisons de carburant et de pièces détachées. Les exportations de concentré de spodumène vers le port ivoirien de San Pedro se poursuivent par ailleurs selon le calendrier.
Si les deux premiers producteurs d’or du Mali, Barrick Gold à Loulo-Gounkoto et B2Gold à Fekola n’ont pas encore réagi, on peut supposer que leurs activités se poursuivent également. Cette résilience n’est d’ailleurs pas nouvelle. Dès septembre 2025, le JNIM avait lancé ce que des observateurs ont qualifié de jihad économique, en bloquant les routes d’approvisionnement en carburant à travers le pays. La principale raison tient à la géographie. Les sites miniers maliens sont pour l’essentiel concentrés dans les régions du sud et de l’ouest, loin des zones de conflit du centre et du nord.
L’armée malienne assure par ailleurs la protection de certains convois, une présence qui a contribué à limiter les incidents sur les axes stratégiques. L’équation économique joue également un rôle déterminant. Avec l’or qui a bondi de plus de 60 % en 2025 et s’échange encore à des niveaux record sur les marchés internationaux, les compagnies veulent éviter une réduction de leurs activités, qui compromettrait les objectifs de production. Un dirigeant du secteur cité par Reuters indique ainsi que les cours élevés de l’or et la qualité des gisements compensent encore les risques sécuritaires.
La question de la pression implicite de Bamako ne peut par ailleurs être écartée. Après les tensions des dernières années, y compris le long bras de fer qui a opposé l’État à Barrick Mining entre 2023 et 2025, les compagnies n’ont sans doute pas envie de se mettre à nouveau en délicatesse avec les autorités, qui comptent sur un secteur extractif ayant représenté près de 41 % des recettes budgétaires en 2024, selon l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE).
Des précédents invitent à la prudence
Les mines maliennes ne sont pourtant pas à l’abri. En janvier 2026, la mine d’or de Morila, opérée par la société d’État SOREM en partenariat avec l’américain Flagship Minerals, a été attaquée par des djihadistes présumés. Des équipements ont été incendiés et sept employés pris en otage avant d’être libérés le lendemain. En mai 2025, un convoi transportant du matériel lourd à destination de la mine de Sadiola d’Allied Gold avait lui aussi été pris pour cible dans la région de Kayes, avec plusieurs véhicules incendiés et un engin de chantier endommagé.
Dans le contexte du blocus de septembre dernier, Resolute a par ailleurs été contrainte de revoir à la baisse son objectif de production annuelle, en raison des perturbations sur ses approvisionnements en explosifs et en carburant au troisième trimestre 2025. La question qui se pose désormais est de savoir si la montée en puissance des groupes armés, illustrée par la sophistication inédite des attaques du 25 avril, ne risque pas à terme d’affecter plus sérieusement un secteur minier qui, pour l’heure, reste loin de la ligne de feu.
Agence Ecofin
Partagez :