
La campagne pour la présidentielle du 12 octobre 2025 est lancée dans un Cameroun où, tous connaissent le résultat de cette élection qui ne dérogera pas aux us et coutumes politiques depuis plus de quatre décennies de règnes de Paul Biya. Même les 11 challengers de l’inoxydable cheval électoral du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC, pouvoir) en route pour son huitième mandat, ne doutent point de l’issue de ce vote qui s’annonce, faisant couler, comme à l’accoutumée, peu d’encre et de salive, sur le futur vainqueur.
Le débat ne se mène pas sur l’identité de l’élu, du reste, déjà connu avant le déroulement du scrutin. La question se pose sur la manière dont Paul Biya, 92 ans, se fera accompagner pour son sacre de Lion Indomptable des élections en Afrique. Parce qu’aux yeux du monde, il faut bien pouvoir prouver, ou faire croire, c’est selon, que la présidentielle a été « ouverte et transparente ». Bien que les candidats qui pourraient constituer un obstacle sur la route au fauteuil suprême, aient été éloignés sans aucune forme de procès, au profit de ceux, avec tout le respect qui leur est dû, acceptent, pour une raison ou une autre, le jeu des dés pipés.
Ainsi se passent les élections en Afrique où, comble de l’ironie et du ridicule, certains des candidats pourraient aller jusqu’à glisser, dans l’urne, le bulletin de « président-fondateur » au détriment du leur propre. Qui est fou, sachant que les isoloirs ne sont pas aussi…isolés que ça ! De toute façon, comme dans d’autres pays sur le continent, Paul Biya n’a pas peur de la vérité des urnes, lui le maître du temps et du jeu. Mais, en réalité, l’époux de Chantal est-il encore maître de la situation, vus son âge et sa santé dont il est interdit de parler sous peine de se faire broyer par la machine froide et infernale du pouvoir ? C’est un secret de polichinelle, l’organisme, à une certaine étape de l’existence peut peu, et veut surtout se reposer ! Mais, sans l’ombre tutélaire de Paul Biya, bien des clans et certaines personnes, et pas de moindres, seront inévitablement écartés de la table du festin, et n’ont donc aucun intérêt à ce que leur éternel champion sorte de l’arène ! Et lorsque les opposants qui causent des nuits blanches au pouvoir sont tenus en respect, loin du fauteuil présidentiel, comme dans la Guinée du général Mamadi Doumbouya ou ligotés par les cordes de la justice comme dans la Côte d’Ivoire d’Alassane Ouattara, tout est joué d’avance.
En tout cas, selon l’histoire politique écrite par le pouvoir de Paul Biya, quel que soit le candidat qui gagnera véritablement la bataille des urnes, il lui sera difficile, voire impossible d’être déclaré vainqueur sans la bénédiction d’un certain establishment. L’opposition en est bien consciente, elle qui ne croit plus à un quelconque candidat unique autour duquel il faut se rassembler pour battre Paul Biya. C’est certain, avec le maintien de Paul Biya au pouvoir, le Cameroun s’évite, une guerre fratricide sans commune mesure avec celle qui y déchire anglophones et francophones, mais étouffe l’alternance et la démocratie qui n’y sont plus que leurre. Pourtant, le pays est loin de manquer de cadres brillants qui ne demandent qu’à se mettre au service de son développement afin de lui faire occuper la place de choix qui est sienne sur l’échiquier sous-régional, voire africain !
En attendant, la campagne de deux semaines avant la présidentielle, a été lancée pour Biya sans…Biya ! Le candidat à sa huitième succession, prendra, au mieux, le train en marche. Au pire, le peuple prendra rendez-vous avec lui, pour son énième investiture !
Par Wakat Séra (Burkina Faso)
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