Qui veut tuer la CAN ?

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La 35ème édition de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN Maroc 2025) a démarré sur des chapeaux de roue, ce dimanche 21 décembre, avec une belle victoire du pays hôte en ouverture face aux Comores. Cerise sur le gâteau, le public a eu droit à un deuxième but splendide qui, s’il n’est pas le meilleur de la compétition au moment des bilans, comptera certainement parmi les plus belles réalisations. Le chef-d’œuvre a été offert à un public local déjà bien bouillant, à la 74e mn de jeu, par l’attaquant marocain, El Kaabi. Un retourné acrobatique venu de nulle part !  C’est ça aussi la magie du football africain ! Et il en sera sans doute ainsi, jusqu’au soir du 18 janvier 2026 quand la grand-messe du football africain aura désigné l’équipe qui succèdera aux Eléphants de Côte d’Ivoire, champions en titre. A moins que les Ivoiriens réussissent la prouesse de se maintenir sur le toit du continent, face à leurs 23 challengers en face.

L’enthousiasme des supporters, pour ne pas dire des amoureux des gestes spectaculaires des Africains sur les pelouses africaines, n’est pourtant pas partagé par tout le monde. Les footballeurs africains qui font la joie des supporters de leurs prestigieux clubs en Europe ou sur d’autres continents, souffrent, de plus en plus, un véritable calvaire, n’étant libérés par leurs employeurs qu’à quelques jours de la CAN. Les plus chanceux ont pu rejoindre la sélection, une semaine avant le début de la CAN. En matière de comparaison, qui n’est toujours pas raison, leurs coéquipiers portugais, français, argentins ou brésiliens, pour ne citer qu’eux, ont le privilège de retourner en équipe nationale, quand ils sont convoqués pour une compétition majeure comme la CAN, au moins trois semaines avant le début.

Pourquoi donc les Africains, ne sont-ils pas, et ne peuvent-ils pas être logés à la même enseigne que les autres ? Est-ce parce qu’ils sont plus intelligents que leurs camarades de clubs venant des autres continents, pour assimiler en peu de temps les stratégies de leur sélectionneur national et créer les automatismes nécessaires entre joueurs de l’équipe nationale ? Ou bien, est-ce parce que la CAN est considérée comme une compétition mineure, qui n’a pas droit aux mêmes égards accordés à l’Euro par exemple ?

Et comme si les boulets au pied de la CAN n’étaient pas assez, il vient d’être décidé que le tournoi ne sera organisé que tous les quatre ans, à partir de 2028 ! Soit la même périodicité que la Coupe du monde de football ! L’annonce a été faite par le président de la Confédération africaine de football (CAF), le Sud-Africain Patrice Motsepe. Mais à qui profite le crime ? Certainement pas à l’Afrique, encore moins à ses footballeurs qui ne peuvent pas tous espérer avoir la même vélocité et le même rendement sur le terrain, entre les quatre années qui sépareront une édition de la CAN de l’autre. Par contre, les clubs employeurs des joueurs ont la garantie de faire briller pour leur compte, sur quatre ans, les « marchandises » qu’ils achètent et vendent à prix d’or pour le bonheur de leurs finances et la joie de leurs supporters ! Pourtant, depuis 1968, la CAN avait lieu tous les deux ans, à l’exception de 2012 et 2013, où elle s’est tenue deux années de suite. Désormais, en plus de subir la modification de ses dates souvent déplacées selon les desiderata des clubs occidentaux et de leurs « tout-puissants » patrons, la CAN est sur le point de perdre sa dynamique, et se transformera en partie, si rien n’est fait, en compétition de joueurs retraités, amortis !

Qui sauvera la CAN de sa mort lente, mais sûre ? Il serait illusoire de compter sur les Africains qui sont peu nombreux, et, de surcroît, pèsent peu, dans les sphères décisionnelles du football international ? Il y a de quoi devenir nostalgique d’un certain Issa Hayatou ! Le Camerounais, malgré tous les défauts et toutes les folies, souvent infondés, qui lui étaient faits, était de son vivant, un valeureux défenseur du football africain !

Mais sait-on jamais, peut-être que les quatre ans de périodicité imposés à la CAN, lui porteront bonheur ! Pour l’instant, cette nouvelle est assommante pour le public africain qui doit attendre quatre ans pour fêter son foot !

Par Wakat Séra

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