Sénégal : étudiant affamé n’a point d’oreille !

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« En amphi, je ne suis pas très brillant, mais au restau je suis très vaillant ». Ainsi chantaient les étudiants ivoiriens pour dépeindre avec humour les réalités peu enviables de la vie estudiantine. Des paroles qui qui ne collent plus avec la vie sur les campus sénégalais où les « restau U » ont éteint leurs fourneaux.

Bourses en souffrance, marmites des restaurants universités vides, affrontements avec les policiers…C’est la galère pour les étudiants des universités de Dakar, de Saint-Louis et de Thiès. Si le retard et l’irrégularité dans le paiement des bourses étaient au centre de leurs revendications et des tensions avec l’administration, actuellement c’est la faim que les pensionnaires des campus universitaires sénégalais doivent combattre, avec les moyens qui sont les leurs, modiques mais bien salvateurs pour le moment. Les cotisations qu’ils arrivent à réunir difficilement et les appuis de leurs mutuelles essaient juste de colmater la brèche béante de manque, car ils peuvent peu. Et si un calme précaire a régné sur les campus ce week-end, après les manifestations et échauffourées entre policiers et étudiants, du vendredi, les étudiants comptent remettre le couvert ce lundi. « Car ventre affamé n’a point d’oreille », dit le proverbe !

L’ambiance va-t-elle redevenir électrique sur les campus cette semaine ? Le gouvernement saura-t-il éteindre le feu en donnant satisfaction aux étudiants sans bourse et sans nourriture ? Les dirigeants vont-ils enfin comprendre que l’éducation et la recherche sont des piliers essentiels du développement ? Les plats étants subventionnés par l’Etat dans tous les restaurants universitaires, comment des étudiants sans argent pourront-ils se nourrir dans des restaurants de Dakar où même des salariés ne mangent qu’à l’occasion ?  Malgré les critiques souvent justifiées qui couvrent leur qualité moyenne, ces plats du « restau U » sont très prisés par les étudiants, et même des non étudiants qui passent par les mailles de tous les contrôles mis en place pour manger à l’université.

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Déjà, l’université, surtout celle publique, ne produit la plupart du temps que des chômeurs, car les ficelles de l’auto-emploi et de l’entrepreneuriat y sont peu ou prou fournies aux étudiants, Si en plus des perspectives étriquées que cet endroit dit « creuset du savoir » réservent, la vie doit y devenir un calvaire pour les étudiants, il y a de quoi, pour eux, se révolter contre les pires conditions de vie et d’études. Par exemple, dans bien des filières que certains ont baptisé « la Chine populaire » compte tenu de leurs effectifs pléthoriques, il faut, à défaut de dormir dans les amphis pour y avoir accès et avoir la chance d’écouter l’enseignant, se lever très tôt pour réserver sa place. Il ne faut surtout pas oublier d’apporter sa chaise ou une brique pour s’asseoir, parce que les sièges et tables sont en série limitée pour les étudiants !

Pour le bonheur de la jeunesse sénégalaise, qui est qualifiée de l’avenir de la société comme partout ailleurs, ce qui n’est plus vrai sous les tropiques, il urge de prendre les dispositions pour servir aux étudiants, ne serait-ce que le strictement nécessaire dont ils ont besoin pour s’épanouir. De plus, les écoles et universités sénégalaises ont toujours compté parmi les meilleures du continent. Et nul doute que cette situation qui prévaut dans les universités de Dakar, Saint-Louis et de Thiès écornera sérieusement la réputation de l’enseignement supérieur sénégalais.

Par Wakat Séra

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