7 pays africains visés par les États-Unis dans une enquête mondiale sur le travail forcé

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L’administration américaine a lancé une enquête visant 60 pays dans le monde pour leur incapacité présumée à interdire les importations liées au travail forcé, une initiative pouvant entraîner de nouvelles restrictions. Le Bureau du représentant au commerce extérieur des États-Unis (USTR) a lancé, jeudi 12 mars, une série d’enquêtes commerciales ciblant 60 économies à travers le monde.

Parmi elles figurent sept pays africains, concernés par des insuffisances présumées dans la mise en œuvre ou l’application des interdictions relatives aux produits issus du travail forcé. Il s’agit de l’Algérie, du Maroc, de l’Afrique du Sud, de l’Angola, de la Libye, de l’Égypte et du Nigeria. Ces investigations visent à déterminer si leurs politiques et pratiques constituent des mesures déraisonnables ou discriminatoires susceptibles d’entraver le commerce américain.

Cette mesure intervient après la décision d’augmenter les droits de douane appliqués à la quasi-totalité de ses partenaires étrangers, conformément à une disposition adoptée par Donald Trump en 2025. Cette politique, qui a déclenché une guerre tarifaire à l’échelle mondiale avant d’être invalidée par une décision de la Cour suprême, avait visé plusieurs pays africains, dont l’Afrique du Sud.

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Jamieson Greer

Pour justifier son enquête, Washington estime que l’absence de contrôles efficaces permet à certains producteurs de profiter d’un avantage concurrentiel indu, au détriment des entreprises respectant les normes internationales. « Ces enquêtes permettront de déterminer si les gouvernements étrangers ont pris des mesures suffisantes pour interdire l’importation de biens issus du travail forcé et comment l’échec à éradiquer ces pratiques odieuses affecte les travailleurs et les entreprises américains », a déclaré le représentant américain au commerce, l’ambassadeur Jamieson Greer.

L’objectif est d’évaluer, au cas par cas, l’efficacité des dispositifs juridiques nationaux contre le travail forcé dans les chaînes d’approvisionnement.

Dans le cadre de cette procédure, les autorités américaines ont engagé des consultations avec les gouvernements concernés en s’appuyant sur la section 301 du Trade Act de 1974, un outil juridique permettant de sanctionner les pratiques commerciales injustes.

Un enjeu de 236 milliards $

Au-delà de l’enjeu social, la question est également économique. Le recours au travail forcé permet de réduire artificiellement les coûts de production, créant ainsi des distorsions de concurrence. En 2024, un rapport de l’Organisation internationale du travail (OIT) sur le travail forcé dans le secteur privé a mis en évidence une hausse de 37 % des profits illégaux générés depuis 2014. L’institution estime que cette pratique génère près de 236 milliards $ de profits annuels à l’échelle mondiale, dont près de 20 milliards $ en Afrique.

Pour les pays africains concernés, cette enquête met en lumière les défis persistants en matière de gouvernance du travail et de contrôle des chaînes de valeur, notamment dans les secteurs extractif, agricole et industriel.

Selon l’OIT, environ 28 millions de personnes étaient victimes de travail forcé dans le monde en 2021. L’Afrique subsaharienne n’est pas épargnée, en raison de facteurs structurels tels que la pauvreté, l’informalité et la faiblesse des mécanismes de contrôle.

Des exportations africaines dans le viseur

Cette initiative américaine pourrait accentuer la pression sur les exportateurs africains, notamment ceux intégrés aux chaînes d’approvisionnement mondiales. Les échanges commerciaux de marchandises entre les États-Unis et l’Afrique ont atteint un montant estimé à 83,4 milliards de dollars en 2025.

L’African Growth and Opportunity Act (AGOA), adopté en 2000, constitue le principal cadre commercial entre Washington et l’Afrique subsaharienne. Il permet à plusieurs pays africains d’exporter vers le marché américain sans droits de douane. Toutefois, ces échanges demeurent dominés par les hydrocarbures, notamment pour le Nigeria et l’Angola, ainsi que par les ressources minières et certains produits industriels dans le cas de l’Afrique du Sud.

Agence Ecofin

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