
Abandonner, abdiquer, arrêter, baisser les bras, capituler, céder, déposer les armes, se désister, donner sa langue au chat, s’incliner, jeter l’éponge, laisser tomber, passer la main, se rendre… Autant de mots et expressions synonymes de « forfait ». Lequel ou laquelle peut cadrer avec cette finale de la dernière coupe d’Afrique des nations remportée par les Lions de la Teranga par le score étriqué de 1-0 contre les Lions de l’Atlas ? Aucun, est-on en droit de répondre, puisque le match s’est joué jusqu’à la fin ! Sauf que la définition de « forfait », telle que servie par les dictionnaires de français, semble être aux antipodes du règlement de la faîtière du football africain.
« Le jury d’appel de la Confédération Africaine de Football (CAF) a décidé, en application de l’article 84 du Règlement de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN), de déclarer l’équipe nationale du Sénégal forfait lors de la finale de la TotalEnergies CAF Coupe d’Afrique des Nations Maroc 2025 (« le Match »), le résultat étant homologué sur le score de 3-0 en faveur de la Fédération Royale Marocaine de Football (FRMF) ». Le Sénégal est ainsi, dépossédé de son trophée au profit du Maroc !

Les Sénégalais perdent, ainsi, leur titre, sur tapis vert, après avoir gagné une confrontation âprement disputée jusqu’au bout de cette nuit du 18 janvier 2026. Certes, pour protester contre une double décision arbitrale à polémique, les coéquipiers de Sadio Mané, pas tous d’ailleurs, ont quitté le terrain. Mais ils sont revenus sur la pelouse après quelques minutes. Le match a donc repris, avec les mêmes footballeurs, les mêmes officiels sénégalais et marocains dans les tribunes, le même public, dont certains supporters sénégalais croupissent encore en prison… Après le pénalty contesté, et manqué par l’attaquant marocain Brahim Diaz, les Lions sénégalais ont marqué le but de la victoire qui a récompensé leurs efforts déployés tout le long de la compétition. Ironie du sort, cette coupe qui a été remise aux Sénégalais, devant l’Afrique et toute la planète terre, par le président de la CAF, Patrice Motsepe, le président de la FIFA, Gianni Infantino, et le prince marocain, Moulay Rachid, représentant son père, le roi Mohamed VI, vient de leur être retirée ! On ne pouvait faire mieux pour désavouer tout ce beau monde qui a assisté à la plus grande des compétions du foot africain.
Les dieux du football sont tombés sur la tête ! Cette décision qui aurait été moins ridicule si elle avait été prise le soir même de la finale ou tout au plus le lendemain, est un véritable séisme dont le football africain se relèvera difficilement, car, même si les Sénégalais ont failli à l’esprit du fair-play, ils bénéficient de circonstances atténuantes. Non seulement après s’être rendus compte de leur erreur commise sous le coup de la passion et de la frustration, les Lions conquérants sont revenus sur le terrain, mais ils ont, la queue entre les pattes, présenté leurs excuses au monde entier. Les fautifs ont écopé de suspension de matchs et d’amendes financières, ce qui devait largement faire l’affaire. Au lieu de cela, un coup de marteau incompréhensible tombe sur le Sénégal, comme si quelqu’un prenait un malin plaisir à décrédibiliser le football africain afin de le pousser dans le doute et le rendre insignifiant pour le bonheur d’autres. A qui profite le crime, si ce n’est aux employeurs des footballeurs africains que les clubs où ils évoluent en Europe ont tant de mal à se séparer momentanément à l’heure des fenêtres internationales et de la CAN ?

En tout cas, la CAF a eu la main inutilement lourde et ce n’est pas évident que les Marocains eux-mêmes se réjouissent de cette coupe d’Afrique qu’ils gagnent deux mois après sur tapis vert. Comment sera organisée la deuxième remise d’un trophée qui a été célébré par tout le peuple Sénégalais et des joueurs appelés depuis lors « champions d’Afrique » ? Que deviendra la deuxième étoile logiquement frappée sur la tunique des Lions de la Teranga ? Comment expliquer aux équipes africaines que, même des mois ou peut-être des années plus tard, qu’un titre qu’elles ont décroché dans la douleur, peut leur être retiré, juste au cours d’une réunion entre quatre murs ? Il n’est jamais tard pour bien faire, la CAF peut, sans honte, revoir sa copie et les Marocains, avec cette fierté et la dignité qui font partie de leur ADN, peuvent dire non à ce trophée que Patrice Motsepe veut leur offrir de force ! Les Marocains le savent, « à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire » !
Question : et si Brahim Diaz avait réussi sa panenka, après la sortie temporaire et le retour des joueurs sénégalais sur le terrain ?
Par Wakat Séra
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