
Au Sénégal, la majorité parlementaire refuse d’adopter le budget rectificatif en l’état, tandis que les coûts d’emprunt de l’État augmentent. À la veille d’un nouveau débat à l’Assemblée, le gouvernement doit trouver un compromis sans compromettre ses discussions avec le FMI.
Le Sénégal se retrouve face à une équation délicate : comment rétablir les finances publiques sans faire supporter l’essentiel de l’effort aux ménages et aux investissements ? Le 23 octobre, les députés de Pastef, parti majoritaire à l’Assemblée nationale, ont refusé d’adopter en commission le projet de Loi de finances rectificative (LFR) pour 2026. Le texte doit être examiné en séance plénière ce mardi 27 octobre.
Ce désaccord intervient alors que le gouvernement a revu à la hausse sa prévision de déficit budgétaire, désormais attendue à 7,6 % du PIB, contre 5,4 % initialement. Les recettes sont inférieures aux prévisions et plusieurs dépenses ont dû être réévaluées.
Pour rétablir les équilibres, l’exécutif propose notamment de réduire de 555 milliards FCFA (945 millions USD) les crédits d’investissement. Lors d’une conférence de presse, dimanche 25 octobre, le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô a expliqué qu’une partie des projets concernés serait reportée à 2027, faute de financements disponibles ou de possibilités d’exécution immédiate.
Mais la majorité parlementaire, avec à sa tête Ousmane Sonko, redoute que ces arbitrages pénalisent des secteurs essentiels, notamment la santé, l’éducation, l’accès à l’eau et les infrastructures. Elle demande que les économies portent d’abord sur les dépenses non prioritaires de l’État, avec notamment la suppression de 19 entités publiques, susceptible de générer au moins 55 milliards FCFA d’économies sur trois ans.
La question des subventions énergétiques cristallise également les inquiétudes. Paradoxalement, leur enveloppe globale augmente fortement dans le budget rectificatif, passant de 250 à 790,3 milliards FCFA. Les députés exigent néanmoins que toute réduction éventuelle de ces aides n’entraîne pas de hausse des prix pour les ménages et les entreprises. Ils réclament aussi des éclaircissements sur l’affectation de 120 milliards FCFA liés à un mécanisme de financement d’urgence.
Des emprunts toujours possibles, mais plus coûteux
Cette bataille budgétaire se déroule dans un contexte de tensions sur le financement de l’État. Lors de l’adjudication du 23 octobre, le Sénégal a mobilisé 55 milliards FCFA sur le marché régional. Le rendement moyen de ses obligations à cinq ans a atteint 8,24 %, contre 7,82 % deux semaines auparavant, soit une hausse de 42 points de base.
Les investisseurs continuent donc de financer Dakar, mais à des conditions plus exigeantes. Cette hausse ne peut toutefois être attribuée au seul différend parlementaire.
Le Sénégal a conclu en septembre un accord technique avec le Fonds monétaire international (FMI) pour un programme d’environ 2,2 milliards de dollars sur 36 mois. Son entrée en vigueur reste soumise à l’approbation du conseil d’administration du FMI, à des mesures correctrices liées aux informations antérieurement communiquées sur la dette et à l’obtention d’assurances de financement.
Pour le gouvernement, un compromis budgétaire devient ainsi une nécessité politique et financière. Reste à déterminer où seront réalisées les économies et quels acteurs en supporteront les conséquences. C’est cette répartition de l’effort que le Parlement devra trancher.
Fiacre E. Kakpo (Agence Ecofin)
Partagez :