
D’ici 2050, les villes africaines devront non seulement accueillir une population croissante, mais aussi lui garantir l’accès aux logements, aux transports, aux services essentiels et aux emplois. Un défi qui impose de repenser les modèles actuels.
Luanda pourrait dépasser Lagos et devenir la ville la plus peuplée d’Afrique subsaharienne en 2050. Dans son rapport « Sub-Saharan Africa’s Urban Awakening : Catalyzing Economic Growth and Job Creation », publié fin octobre dernier, la Banque mondiale projette une augmentation de 78 % de la population de la capitale angolaise, de 11,4 millions d’habitants en 2025 à 20,3 millions au milieu du siècle. Lagos passerait, dans le même temps, de 12,8 millions à 16,2 millions d’habitants.
Ce changement de classement illustre une transformation beaucoup plus large. Addis-Abeba atteindrait 10,8 millions d’habitants, contre 6,7 millions en 2025, Abidjan passerait de 6,6 millions à 9,8 millions et Yaoundé de 5,1 millions à 8,7 millions. Bamako, dont la population augmenterait de 80 % pour atteindre 7,6 millions d’habitants, entrerait parmi les quinze villes les plus peuplées de la région.
Au-delà du nombre d’habitants, le rapport pose une question économique : comment permettre à des villes plus grandes de devenir aussi plus productives ? Pour la Banque mondiale, la réponse passe par l’organisation du foncier, l’accès aux infrastructures et les connexions entre les quartiers et les pôles d’emploi.
Une forte expansion urbaine qui se fera au-delà des limites actuelles des villes
Globalement, l’Afrique subsaharienne devrait compter environ 1,7 milliard d’habitants urbains en 2050, contre près de 913 millions en 2025. Elle ajouterait ainsi, en 25 ans, presque autant de citadins qu’au cours des 50 années précédentes, aussi bien dans les villes que dans les périphéries et les petites agglomérations.
Si l’exode rural est souvent mis en avant, les auteurs soulignent que ce facteur jouera un rôle de plus en plus secondaire dans la croissance attendue. À l’échelle régionale, l’accroissement naturel, la différence entre les naissances et les décès a représenté entre 68 % et 78 % de l’augmentation de la population urbaine selon les périodes étudiées entre 1985 et 2025. Les besoins futurs en logements, en écoles, en soins et en transports dépendront donc largement de l’évolution des populations déjà installées en milieu urbain.
Dans un tel contexte, le principal défi sera d’abord l’espace. Selon le rapport, 71 % de la croissance de la population urbaine d’ici 2050 devrait se produire au-delà des limites actuelles des villes : dans leurs périphéries, dans les petites agglomérations et dans des espaces aujourd’hui ruraux appelés à s’urbaniser. La superficie des villes devrait également augmenter d’environ 90 % sur la période.
Or, les périphéries sont souvent insuffisamment préparées. Les terrains se divisent et se construisent avant que les grandes voies, les réseaux et les espaces publics aient été réservés, tandis qu’il devient ensuite plus difficile et plus coûteux d’équiper les quartiers.
L’organisation indique ainsi qu’à Dar es-Salaam, en Tanzanie, construire des routes dans des secteurs non planifiés est estimé entre 15 % et 25 % plus coûteux que dans des secteurs planifiés.
Face à ces contraintes, la Banque mondiale préconise une démarche en deux volets : planifier un réseau de voies principales et réserver les terrains nécessaires à leur aménagement, puis faciliter l’organisation des parcelles autour de ce réseau.
Relier les logements aux emplois et aménager sans accroître les vulnérabilités
Selon les auteurs du rapport, les gains économiques liés à l’essor urbain projeté d’ici le milieu du siècle dépendront d’abord de la capacité des entreprises à se regrouper et de celle des travailleurs à les rejoindre. Sans transports efficaces et sans infrastructures suffisantes, les quartiers restent fragmentés et les habitants accèdent difficilement aux possibilités d’emploi.
Pour éviter un tel scénario, ils proposent de coordonner les investissements dans l’aménagement de terrains pour les entreprises, les services essentiels, les transports et les logements abordables, plutôt que de les traiter comme des programmes distincts.
L’institution préconise des transports collectifs de masse à long terme, tout en améliorant dès maintenant l’articulation entre les services formels et informels. Elle suggère aussi d’assouplir les règles de construction excessivement restrictives qui limitent l’offre de logements dans les secteurs bien situés.
Financer l’aménagement et adapter les investissements aux territoires
La préparation des villes au boom démographique urbain suppose surtout des administrations capables d’appliquer les plans et de financer les services. Pour cela, les auteurs recommandent de clarifier les responsabilités publiques, de renforcer les compétences locales et de rendre les transferts financiers entre l’État et les collectivités plus prévisibles et transparents. À cela s’ajoutent l’élargissement de la couverture de la fiscalité immobilière, la modernisation des fichiers de propriétés et la numérisation de la facturation. L’objectif est de mieux identifier les biens et d’améliorer le recouvrement afin de renforcer les recettes locales.
Parallèlement, l’autre enjeu réside dans le choix des investissements. Les ressources publiques ne permettant pas de tout équiper simultanément, elles gagneraient à être orientées vers les interventions capables d’améliorer les services, de soutenir l’activité et d’attirer des capitaux privés, sans disperser les moyens dans des projets peu connectés entre eux.
Cette sélectivité concerne aussi les petites agglomérations, dont le rapport recense plus de 15 000 en Afrique subsaharienne. Certaines disposent d’atouts liés à l’agriculture, à une frontière, à un port ou à un corridor de transport. Le corridor de Lobito illustre cette approche : au-delà de l’acheminement des marchandises, l’enjeu est de permettre aux localités traversées d’accueillir des entreprises et des emplois.
Agence Ecofin
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