États-Unis : la victoire démocrate au Congrès peut-elle changer la politique de Trump envers l’Afrique ?

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La reconquête du Congrès américain par les démocrates pourrait rebattre les cartes de la politique étrangère de Donald Trump. Entre démantèlement de l’USAID, restrictions migratoires et barrières commerciales, la nouvelle majorité dispose de plusieurs leviers pour infléchir les décisions du président. Mais ses pouvoirs constitutionnels ne lui permettront pas de tout remettre en cause.

Les démocrates ont remporté les élections de mi-mandat du 3 novembre 2026, reprenant aux républicains le contrôle des deux chambres du Congrès américain, selon la presse américaine. Ce revers prive Donald Trump de sa majorité parlementaire et ouvre une période de confrontation institutionnelle, alors que plusieurs décisions de son administration ont profondément affecté les relations de Washington avec l’Afrique.

A l’annonce des résultats, plusieurs dirigeants étrangers, dont les relations avec Washington restent difficiles, ont réagi. Devant les journalistes, le président sud-africain Cyril Ramaphosa dont le pays vient d’être suspendu de l’AGOA a ainsi déclaré : « Nous avons vu que les démocrates ont pris le contrôle du Sénat et de la Chambre des représentants, et que le peuple américain s’est exprimé. […] Je pense vraiment que cela va ouvrir une nouvelle ère dans les relations internationales ».

Mais la nouvelle majorité, qui prendra ses fonctions le 3 janvier 2027, pourra-t-elle contraindre le président à revenir sur certaines de ses politiques ? Si la Constitution américaine confère au Congrès des pouvoirs importants, notamment en matière budgétaire et commerciale, il faut dire qu’elle accorde également à l’exécutif une large autonomie dans plusieurs domaines.

USAID : un possible retour, malgré le démantèlement

L’aide au développement constitue l’un des principaux domaines dans lesquels les démocrates pourraient peser. L’Agence américaine pour le développement international (USAID) a officiellement cessé ses activités opérationnelles le 1er juillet 2025, après une vaste campagne de résiliation de programmes et de réduction de ses effectifs.

Pourtant, l’agence conserve une existence juridique. L’article 22 U.S.C. § 6563 la reconnaît toujours comme une entité du pouvoir exécutif. Selon le Congressional Research Service, sa suppression définitive nécessite une autorisation législative.

Les démocrates pourraient donc tenter de rétablir certains financements et programmes, notamment dans la santé et l’aide humanitaire. Le Congrès détient en effet le pouvoir constitutionnel de voter les dépenses fédérales.

Mais Trump pourrait opposer son veto à toute loi visant à restaurer l’agence. Pour passer outre, les démocrates devraient réunir une majorité des deux tiers dans chacune des chambres, un seuil difficile à atteindre. De plus, reconstruire une agence largement démantelée nécessiterait des moyens humains et administratifs considérables.

Commerce : des pouvoirs présidentiels qui peuvent être limités

Sur le commerce, les démocrates disposent également de leviers importants. La Constitution américaine, en son article I, section 8, attribue au Congrès la compétence de réglementer les échanges avec les pays étrangers. Mais plusieurs lois ont progressivement délégué au président le pouvoir d’imposer certains droits de douane.

La nouvelle majorité pourrait chercher à limiter ces prérogatives ou à défendre un cadre commercial plus favorable aux exportations africaines, notamment à travers l’African Growth and Opportunity Act (AGOA), qui accorde des préférences commerciales à plusieurs pays du continent. Bien que ce programme ait récemment été prolongé de deux ans seulement, sa pérennisation au-delà de cette date reste l’objet d’incertitudes pour de nombreux pays africains dont les industries en dépendent pour certains.

Quoi qu’il en soit, modifier les prérogatives présidentielles en matière de droits de douane nécessiterait généralement une nouvelle loi, exposée au veto de Trump. Par ailleurs, les démocrates ne sont pas unanimement favorables au libre-échange, certains défendant également des politiques protectionnistes. Faut-il le rappeler, sous l’administration de Joe Biden, les démocrates avaient fait le choix de conserver la majorité des tarifs douaniers imposés par Donald Trump lors de son premier mandat, notamment sur l’acier et l’aluminium chinois, et en ont même ajouté certains.

Visas : une autonomie présidentielle difficile à contourner

La marge de manœuvre des démocrates apparaît plus limitée concernant les restrictions migratoires. Depuis janvier 2026, Washington applique des restrictions d’entrée et de délivrance de visas visant plusieurs pays africains. Le Nigeria, le Bénin, la Côte d’Ivoire et le Sénégal font notamment l’objet de suspensions partielles, tandis que le Mali, le Burkina Faso et le Soudan du Sud sont concernés par des suspensions totales, sous réserve de certaines exceptions.

Ces mesures reposent notamment sur la section 212(f) de l’Immigration and Nationality Act, qui autorise le président à restreindre l’entrée de certaines catégories d’étrangers pour des motifs liés aux intérêts des États-Unis.

Le Congrès pourrait modifier cette législation ou enquêter sur les conséquences des restrictions. Mais en l’absence d’une réforme, Trump conserve une importante autonomie pour maintenir ces mesures.

Un pouvoir de blocage plutôt que d’annulation

Au-delà de ces dossiers, la victoire démocrate modifie surtout les rapports de force à Washington. La nouvelle majorité pourra bloquer certaines initiatives présidentielles, contrôler davantage l’action gouvernementale, enquêter sur les décisions de l’administration et peser sur les négociations budgétaires.

Elle ne pourra cependant pas imposer systématiquement ses choix. Selon les règles du Sénat américain, il faut généralement réunir 60 voix pour surmonter une éventuelle obstruction parlementaire lors de l’examen d’une loi ordinaire. Et face à un veto présidentiel, la Constitution impose une majorité des deux tiers des suffrages exprimés dans chaque chambre pour faire adopter le texte.

Pour l’Afrique, cette nouvelle configuration ouvre donc des perspectives de rééquilibrage, particulièrement sur l’aide au développement et le commerce. En revanche, les restrictions migratoires pourraient être plus difficiles à remettre en cause.

La victoire démocrate ne signifie donc pas la fin de la politique africaine de Donald Trump, mais elle pourrait en compliquer la mise en œuvre. Jusqu’à la fin de son mandat en janvier 2029, le président devra désormais composer avec un Congrès susceptible de bloquer ses initiatives et de lui imposer des négociations, sans nécessairement pouvoir annuler les décisions déjà prises.

Agence Ecofin

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