Cameroun : Paul Biya, maintenant et toujours !

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L’inoxydable Paul Biya vient de mettre fin au faux suspense sur sa candidature pour un 8e mandat à la tête du Cameroun ! Si c’était en football, on aurait dit que le premier capitaine des Lions Indomptables « a tué le match » ! Il a, enfin, déclaré son intention de participer, comme d’accoutumée, à la course à sa propre succession, ce 13 juillet 2025, jour du Seigneur chez les chrétiens.

Alors que deux de ses ministres ont démissionné récemment avec fracas, descendant en flamme la gestion du plus vieux président africain au pouvoir, qui tient, par ailleurs, le haut du podium des doyens des chefs de l’Etat en exercice dans le monde, certains pensaient que la succession du « propriétaire » du palais d’Etoudi était lancée. Mais dans le même temps, les partisans transis du chef de l’Etat réaffirmaient leur soutien indéfectible au « candidat naturel » du Rassemblement démocratique du peuple camerounais, le RDPC au pouvoir et des partis alliés. De plus, c’était sans compter avec la volonté du président camerounais depuis 1982, de garder les clés de sa résidence officielle, jusqu’à, peut-être, la fin de sa vie. Il n’est âgé que de 92 ans ! Mieux, le successeur du premier président du Cameroun indépendant, Ahmadou Ahidjo, retrouve toujours, une jeunesse fringante et une forme olympienne, à l’approche de chaque présidentielle !

Fait curieux, comme s’il n’avait plus confiance aux dinosaures du RDPC ou aux jeunes aux dents trop longues du régime, chacun, certain de la fin du règne du nonagénaire, et, bientôt président centenaire, s’étant lancé dans une guerre de positionnement. A moins que ça soit une manière d’aller vers une régénérescence de la classe politique camerounaise. Mais peut-il y avoir une mue totale de l’animal avec une partie, et pas des moindres, de l’ancienne peau qui demeure ? Question à une louchée de « ndolè », cette sauce légumière très prisée au Cameroun. Même s’il faut essayer de croire en cet « amour » et ce « patriotisme » qui amènent toujours le président Biya à « entendre l’appel de son peuple », il ne serait pas vain de lui rappeler que les règnes interminables en démocratie, sont source de frustrations diverses et débouchent, la plupart du temps, pour ne pas dire toujours, sur le chaos ou, provoquent, à tout le moins, des incertitudes et remous sociaux difficiles à apaiser.

Une fois de plus, mettant en avant les acquis indéniables que le Cameroun a engrangés sous son magistère sans fin, Paul Biya a dit répondre à l’appel de son peuple, comme l’ont seriné les dirigeants africains d’une certaine époque, experts en scénario des séances de pleurs des femmes pour réclamer leur candidature. Ce temps est loin d’être révolu, surtout qu’au Cameroun, Paul Biya l’a dit, « beaucoup reste à faire ». Le seul chef de chantier dans son pays n’avait donc d’autre choix que celui de « répondre favorablement aux appels pressants des 10 régions du Cameroun et de la diaspora ». Le disque du leader providence n’est visiblement pas rayé au pays du « makossa ».

En dehors de Paul Biya, personne d’autre ne peut donc faire le bonheur des Camerounais ? Pas même tous ces brillants cadres dont regorge le pays ? Même pas les opposants comme Maurice Kamto, deuxième à la présidentielle de 2018, ou Cabral Libii, tous candidats déclarés à la présidentielle du 12 octobre prochain ? En tout cas, fort de sa longévité naturelle et celle de son pouvoir de plus de 42 ans, Paul Biya qui aligne les septennats, a vu défiler tous les présidents français, américains et même les papes, des quatre dernières décennies. Et ça, il faut le faire !

Les Camerounais peuvent, désormais, passer à autre chose, car, à moins d’un tremblement de terre, en octobre, les urnes parleront pour Paul Biya. Il faut, tout de même, saluer le couple Biya, qui vit, désormais, davantage au Cameroun où chacune de ses apparitions était un événement. « Popaul », il faut le rappeler, dirigeait sont pays de la Suisse ! Le retour du patriarche à la maison, en dehors de la conjoncture économique de plus en plus difficile pour les caisses de l’Etat, peut constituer un autre signe, que seuls les initiés peuvent décrypter ! Ça, c’est une autre paire de manches !

En attendant, pour le Cameroun, c’est Biya « forever » !

Par Wakat Séra (Burkina Faso)

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