Fer : face à la déferlante chinoise sur les réserves ouest-africaines, l’exception ArcelorMittal

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Dans le sillage de Simandou, les projets de minerai de fer se multiplient en Afrique de l’Ouest. Historiquement portée par le Liberia, la Mauritanie et la Sierra Leone, la production de la sous-région connaît un boom soutenu principalement par des investissements chinois. ArcelorMittal a annoncé vendredi 30 janvier la ratification par le parlement libérien d’un accord de développement minier prolongeant jusqu’en 2050, au moins, sa présence dans le pays. L’accord protège surtout l’avenir d’un investissement de 1,8 milliard de dollars, destiné à quadrupler sa production de minerai fer au Liberia, et qui fait du groupe d’origine indienne une exception en Afrique de l’Ouest, où le boom de la production est porté par des acteurs chinois.

Principal acteur de l’exploitation du minerai de fer au Liberia, ArcelorMittal dispose d’une capacité de production de 5 millions de tonnes par an. Au début des années 2020, la compagnie a lancé un plan visant à porter cette capacité à 15 millions de tonnes (finalement 20 millions de tonnes) par an, avec des dépenses de 1,4 milliard de dollars (1,8 milliard de dollars par la suite). Le projet, qui a impliqué une mise à niveau du corridor ferroviaire reliant Tokadeh au port de Buchanan ainsi que des améliorations de l’infrastructure portuaire, doit s’achever en 2026.

ArcelorMittal domine au Liberia

Une fois le projet terminé, ArcelorMittal envisage d’étendre l’infrastructure ferroviaire afin de pouvoir transporter jusqu’à 30 millions de tonnes de minerai de fer par an. Selon les termes de l’accord signé avec le gouvernement libérien puis ratifié la semaine dernière par le corps législatif, la compagnie basée au Luxembourg versera 200 millions de dollars au gouvernement, au titre des droits miniers supplémentaires et de l’accès réservé à la capacité ferroviaire dans laquelle elle investit.

« L’accord prévoit la mise en place d’un chemin de fer exploité de manière indépendante à partir d’octobre 2030, ce qui renforcera l’efficacité, favorisera l’accès multi-utilisateurs et approfondira l’impact global de la concession sur l’économie nationale », estime le président du Liberia, Joseph Boakai.

Selon le rapport 2023 de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives publié fin décembre 2025, ArcelorMittal représente environ 90 % des exportations libériennes de minerai de fer. L’augmentation des volumes de la compagnie devrait donc se traduire par un bond de la production libérienne qui, selon les estimations du cabinet GlobalData, devrait passer de 5,2 millions en 2024 à 18 millions de tonnes en 2026.

La Chine domine en Afrique de l’Ouest

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La hausse de la production libérienne de minerai de fer intervient à un moment où le secteur connait des bouleversements majeurs en Afrique de l’Ouest. Historiquement dominée par la Sierra Leone, la Mauritanie et le Liberia, la production dans la sous-région sera désormais tirée par la Guinée, grâce à la mise en service fin 2025 de Simandou. A pleine capacité, ce projet devrait permettre l’exportation annuelle de 120 millions de tonnes de minerai de fer depuis la Guinée. En 2026, GlobalData anticipe une production de 35,4 millions de tonnes à Simandou.

Derrière ce projet d’environ 20 milliards de dollars, incluant la construction d’un port et d’une ligne de chemin de fer de plus de 600 km, on retrouve principalement des acteurs chinois. Fin janvier, le plus grand producteur d’acier au monde, Baowu Resources, a ainsi annoncé le renforcement de son emprise sur le projet. Le groupe chinois a fait passer sa participation de 49 à 51 % dans Winning Consortium Simandou, la coentreprise qui exploite les blocs 1 et 2 de Simandou. Les blocs 3 et 4 sont contrôlés par une autre coentreprise emmenée par l’australien Rio Tinto et la compagnie d’Etat chinoise Chinalco.

Même si la hausse annoncée de la production au Liberia dépend de la montée en puissance d’ArcelorMittal, on retrouve là aussi l’ombre de l’empire du Milieu. China Union a repris la concession de Bong Mines en 2008, avant une première expédition de minerai de fer en 2014. La société essuie néanmoins des critiques régulières, avec une suspension d’activité décidée en août 2024 par les autorités environnementales du Liberia, et la production peine à augmenter.

Alors que la production libérienne de fer est principalement exportée vers l’Europe, où elle alimente les aciéries d’ArcelorMittal, la Guinée expédie principalement son fer vers la Chine, premier consommateur mondial. C’est aussi le cas de la Sierra Leone, où un autre groupe chinois développe la plus grande mine de fer du pays. China Kingho Group investit 1 milliard de dollars pour produire annuellement 10 millions de tonnes de minerai de fer, avec une extension envisagée jusqu’à 30 millions de tonnes par an.

La transformation locale oubliée ?

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Le fer est le premier produit d’exportation, en Sierra Leone ou au Liberia. En Guinée, Simandou est considéré comme un « game changer » pour l’économie guinéenne, le FMI estimant notamment que le projet pourrait à lui seul augmenter le PIB de 26 % d’ici 2030. Dans ces trois pays, sans parler de la Mauritanie dont les réserves sont exploitées par une compagnie publique (SNIM), l’impact économique du minerai de fer se limite néanmoins à sa seule extraction.

Les investissements massifs engagés ou en cours pour exploiter les réserves ouest-africaines visent en effet avant tout à alimenter des aciéries situées en dehors de la sous-région, qu’il s’agisse d’ArcelorMittal, de groupes chinois, ou même de l’américain Ivanhoe Atlantic. Ce dernier veut construire en Guinée une mine capable de produire initialement entre 2 et 5 millions de tonnes de minerai de fer par an, avant une extension jusqu’à 30 millions de tonnes.

Selon des données citées par la Banque africaine de développement, l’Afrique assurait ainsi 4 % de la production mondiale de minerai de fer en 2023, tout en ne représentant que 1,2 % de la production mondiale d’acier brut la même année. A titre de comparaison, la Chine disposait alors de 54 % de la capacité mondiale de production d’acier. Pour le moment, seule la Guinée prévoit une évolution de la situation à moyen terme. Selon Djiba Diakité, directeur de cabinet du président guinéen, les entreprises qui exploitent Simandou doivent soumettre d’ici deux ans des études de faisabilité pour la construction d’une aciérie ou d’une usine de boulettes (produit intermédiaire dans la fabrication de l’acier) en Guinée.

Source : Agence Ecofin

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