
En attendant le prochain congrès qui désignera son successeur, l’ex président béninois Thomas Boni Yayi a annoncé son départ de la direction du parti d’opposition « Les Démocrates ». Bien que le mot jamais ne trouve pas de place dans le dictionnaire politique, il va plus loin en fermant définitivement, la parenthèse de sa vie politique, car, pour « des raisons de santé », il souhaite prendre sa retraite et vivre désormais loin des tumultes, des honneurs et surtout des intrigues de la politique.
Certes, Dr Boni Yayi jette l’éponge pendant que Les Démocrates traversent un désert…démocratique, absents de l’Assemblée nationale et interdits de prendre part à la prochaine élection présidentielle, mais lui, assume, certainement, ce courage de démissionnaire, la démission qui n’est pas la chose la mieux partagée en Afrique. Même lorsqu’ils sont contestés, nombre de dirigeants politiques préfèrent toujours s’accrocher, comme des sangsues, à leur poste de leader, allant jusqu’à cultiver l’illusion d’être adulés par le peuple ou des militants, certains entretenus à coup de promesses de strapontins ou couverts de billets de banque. D’ailleurs, c’est fréquent d’assister à des scènes ubuesques de citoyens « pleurant » pour « exiger » la candidature de « présidents fondateurs » à vie ! Si le ridicule pouvait tuer !
A qui profite cette décision courageuse de l’ancien locataire du Palais de la Marina, qui ne jouissait plus, pas même au sein de son propre parti, de cette popularité dont il pouvait se targuer, alors qu’il prenait le gouvernail des « Démocrates » en 2023 ? En tout cas, pas directement à son successeur qui, lui aussi, a décidé de quitter les affaires, en sortant de son chapeau magique, un dauphin à qui il a fait place nette en réduisant l’opposition béninoise à sa plus simple expression, lui ôtant toute parcelle d’existence dans les cercles de décision. Patrice Talon, à qui l’on peut décerner, la palme de la transformation du Bénin, tant sur le plan économique que celui des infrastructures, et l’étoile de la renaissance culturelle de l’ancien « Danxomè », n’est pas moins celui qui a mis sous l’éteignoir, les politiciens dont la voix portait encore et qui pouvaient lui faire ombrage. Un moyen sûr pour lui, de se construire un cocon de repos plus ou moins tranquille, à moins que la stratégie soit de se préparer un retour facile au cas où il s’ennuierait quelque peu dans ses pantoufles de retraité présidentiel ! Car, contrairement à Boni Yayi, Patrice Talon lui n’a pas mis fin à sa vie politique !
Quel avenir pour « Les Démocrates », après l’ère Boni Yayi ? L’ancien président et son parti ont-ils mis en place un plan de succession sans heurt et surtout démocratique, à même de repropulser « Les Démocrates » au premier plan de la politique au Bénin ? Ce qui est certain, la succession ne sera pas patrimoniale, le fils du désormais ancien président des « Démocrates » ayant également décidé de « larguer les amarres » du parti. Pour aller voir ailleurs, ou peut-être pour se reposer aussi ? On peut s’en réjouir pour le changement, avec ces événements actuels, c’est visiblement l’un des derniers dinosaures encore en service actif sur la scène politique, qui rend le tablier. Et c’est peut-être la bonne option pour le Bénin qui d’évoluer vers la régénérescence, provoquée, de sa classe politique.
En attendant, Les Démocrates inexistants dans… la démocratie béninoise, s’ils ne veulent pas se laisser mourir, vont chercher à se donner le chef dont ils ont besoin pour un retour à la vie ! Et ce sera tant mieux pour le Bénin si la démocratie retrouve ses « Démocrates ».
Par Wakat Séra (Burkina Faso)
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