« Je n’oublierai jamais ce ramadan » : au Moyen-Orient, un mois sacré sous les bombes

image-48-1024x650 "Je n'oublierai jamais ce ramadan" : au Moyen-Orient, un mois sacré sous les bombes

Bombardements quotidiens, déplacements massifs, pénuries de liquidités… Au Moyen-Orient, des millions de musulmans frappés de plein fouet par la guerre, tentent d’observer le mois sacré du ramadan au rythme des sirènes et malgré la peur.

La semaine dernière encore, Zainab El Masry préparait une soupe de lentilles et un fattouch (une salade orientale) pour célébrer en famille l’iftar, le repas de rupture du jeûne. En temps normal, le ramadan est synonyme de prière, de spiritualité et de rassemblements joyeux au crépuscule.

Mais la nuit qui tombe sur Beyrouth n’a plus rien d’une fête : après avoir fui leur maison sous les bombardements israéliens, elle dort avec son mari et leurs trois enfants sur le sol crasseux d’une place de la capitale libanaise.

De vastes parties du Liban sont pilonnées par Israël, faisant plus de 400 morts en réponse à une attaque du mouvement pro-iranien Hezbollah, pour venger la mort de l’ayatollah Ali Khamenei.

« Nous n’avons rien à manger ni à boire, juste un peu de pain », dit cette femme de 40 ans au visage creusé par la fatigue. « Nous avons l’habitude de la guerre, mais cette année, le ramadan est encore plus triste ».

Alors que le nouveau conflit a jeté sur les routes un demi-million de personnes dans ce pays multiconfessionnel, « tout le monde voudrait jeûner, prier, faire ses ablutions, et pouvoir acheter de quoi cuisiner », soupire Hala Hawila, 70 ans, au milieu des cris d’enfants qui résonnent dans une école transformée en abri.

« J’ai renvoyé ma fille à la maison malgré le danger pour qu’elle ramène des provisions (…) Nous avons presque épuisé notre argent, que ferons-nous ensuite ? », demande cette chiite de la banlieue sud de Beyrouth.

– « Café offert » –

En Iran, où la guerre est partout depuis l’offensive aérienne lancée fin février par Israël et les Etats-Unis, des habitants expriment un mélange d’angoisse et de dépit face à la hausse des prix et des pénuries d’essence.

« Les produits sont devenus très chers. Par exemple, le prix d’un bidon d’huile est passé de 400.000 tomans (1,56 dollar) à 2,2 millions de tomans (8,25 dollars) », raconte Mohammad, 38 ans, employé dans une ferme avicole de Bandar Abbas (sud) qui a préféré taire son nom de famille.

Mais « malgré le chaos, les boutiques ne désemplissent pas. Les bombes ne semblent plus suffire à briser notre routine », raconte Reza, 36 ans, le gérant d’un café au lendemain de frappes ayant pulvérisé des bâtiments officiels à Boukan, dans le nord-est.

« D’autant qu’en période de ramadan, les gens ont l’habitude de passer leurs nuits au café ou à flâner en ville », poursuit-il.

« Le vrai problème, c’est l’argent : les banques ne distribuent plus de liquidités et de nombreuses cartes bancaires sont bloquées », dit-il. « Alors, j’ai pris une décision simple : pour ceux qui ne peuvent pas payer leur café, c’est offert ».

A Jérusalem-Est occupée, les ruelles sont au contraire presque désertes, surtout dans la Vieille ville, où la mosquée Al-Aqsa, troisième lieu saint de l’islam, a été fermée.

Des soldats israéliens postés aux entrées, contrôlent les cartes d’identité dans le cadre de l’état d’urgence instauré par les autorités.

Les commerçants comptent sur le ramadan pour faire des bénéfices mais cette année, « la situation est désespérée », assène Abou Imad, 83 ans, égrenant son chapelet dans sa petite boutique. « Personne de l’extérieur n’entre dans la (Vieille) ville, seuls les habitants y ont accès ».

– Prières écourtées –

Dans le Golfe, les fidèles regardent avec « anxiété » les missiles et roquettes iraniens passer au-dessus de leur tête. Ces pays d’ordinaire tranquilles qui abritent des bases militaires américaines, subissent des représailles massives de Téhéran.

« Rien n’est plus comme avant. Notre quotidien a été bouleversé », témoigne Hessa Mohamed, 42 ans, venue participer à la prière collective dans une mosquée de Bahreïn.

Ici comme au Koweït, au Qatar ou à Dubaï, rues et centres commerciaux se vident dès que les sirènes retentissent et les prières sont souvent écourtées, voire limitées à la dernière prière de la journée.

« Ce ramadan est marqué par la méfiance et l’appréhension » même si on s’efforce de respecter les rituels du mois sacré, raconte Niama Hamdi, enseignante au Koweït.

Partout, les conversations tournent autour de la guerre. « Je n’oublierai jamais ce ramadan, nous le vivons dans des conditions terribles que nous n’avons pas choisies », confie à Bahreïn Loulwa Hassan.

Cette universitaire se remémore avec nostalgie les années où « nous attendions le ramadan avec impatience ». « La situation actuelle nous prive de la joie de revoir nos proches », poursuit-elle, disant sa « hâte de reprendre une vie normale ».

Ibrahim Ali Ibrahim, élève de 15 ans, suit désormais les cours à distance, alors qu’une attaque de drones a encore fait 32 blessés lundi sur le petit archipel du Golfe.

« Je suis très tendu (…) Dès que la sirène retentit, je perds ma concentration », raconte l’adolescent. « Ce ramadan est très différent des années précédentes. Mes camarades et mon école me manquent ».

Auteur : Agence France Presse (AFP)

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