
Au moins 64 morts dont 13 enfants. C’est le bilan d’une attaque au drone qui a visé un hôpital du Darfour, le vendredi 20 mars. C’était au moment où les fidèles musulmans à travers le monde célébraient l’Aïd El Fitr, la fête du Ramadan, après une période de jeûne, de privations diverses, de prière, de partage, de gestes de compassion à l’endroit du prochain, en somme, des valeurs essentielles de l’Islam qui prêche l’amour, à l’instar des autres confessions religieuses.
Sauf qu’au Soudan, la guerre de généraux assoiffés de pouvoir, fait rage depuis plus de trois ans, banalisant totalement la vie humaine. Malheureusement, en dehors des condamnations timides et souvent hypocrites qu’il suscite, ce drame auquel les populations civiles, notamment les enfants et les femmes, paient le plus lourd tribut, n’émeut plus grand monde. L’opinion et la presse internationales sont davantage focus sur les frappes russes en Ukraine et les échanges intenses de missiles assassines entre d’une part le duo Israël-Etats-Unis et en face, l’Iran.
Et voici la guerre au Soudan, avec son cortège de morts et de crises humanitaires sans précédent, qui retombe dans le silence. Abandonnées à elles-mêmes et à l’avidité pour le pouvoir des généraux, de l’armée régulière, Abdel Fattah al-Burhan et des Forces de soutien rapide (FSR), Mohamed Hamdan Dagalo alias Hemedti, les Soudanais assistent impuissants, à un conflit téléguidé de l’extérieur par des puissances qui fournissent armes et logistiques affinées aux belligérants. Comme il fallait s’y attendre, non seulement la guerre prend une dimension régionale, voire internationale, mais elle se modernise de plus en plus, notamment avec l’entrée dans la danse des drones. Ces engins volants de la mort qui n’ont laissé aucune chance à ces 13 enfants du lot de la soixantaine de cadavres retrouvés sur le théâtre dévasté après bombardement, de cet hôpital du Darfour.
Que ce drame du Ramadan ait été orchestré par des Forces armées soudanaises ou des FSR, les deux camps se rejetant la balle, rien ne justifie cette barbarie perpétrée contre l’un de ces endroits névralgiques qui doivent être les mieux protégés, quelle que soit l’intensité des combats. Mais aujourd’hui, au Soudan comme ailleurs à Goma ou Uvira dans l’Est de la République démocratique du Congo, ou en Ukraine, ou encore au Liban, les hôpitaux et les écoles, tout comme les humanitaires, sont devenus des cibles privilégiées des militaires et des combattants de groupes rebelles.
Ça suffit ! A défaut de faire taire les armes pour de bon, les marchands d’armes et les intérêts financiers et géostratégiques guidant toujours le monde, il importe de respecter les conventions de la guerre et surtout de veiller à la protection de catégories de personnes qui, de plus en plus, ne sont plus des victimes collatérales, mais semblent être désormais des points de mire de combattants déchaînés, qui tuent, volent et violent à tour de bras. Il urge de redéfinir les règles de ces guerres modernes où des frappes dites chirurgicales font autant de victimes en masse. Mais, l’Organisation des Nations-Unies, en plein doute, et prise en otage par les « grands » de cette planète qui l’ont vidée de sa substance première de « régulateur du monde », peut peu, sinon rien !
Plus que jamais, les viols en pleine guerre et les frappes ou toute autre action du genre, contre les hôpitaux, les écoles, et les humanitaires, doivent être considérés comme des crimes contre l’humanité et punis comme tel, qu’elles soient l’œuvre d’armée régulière ou de quelconques groupes de combattants.
Wakat Séra
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