Le Soudan « abandonné » après trois ans de guerre, déplore l’ONU

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Le Soudan, théâtre de la plus importante crise humanitaire mondiale, est « abandonné » par la communauté internationale, a affirmé jeudi à l’AFP la coordinatrice de l’ONU dans le pays, déchiré depuis trois ans par une guerre entre l’armée et les paramilitaires. « Il ne faut pas qualifier cette situation de crise oubliée. C’est (un pays) abandonné », a déclaré Denise Brown depuis son bureau à Khartoum, situé dans l’un des rares bâtiments encore fonctionnels dans un centre-ville dévasté par les combats.

« Je suis révoltée (…) qu’attend le monde pour se réveiller et entreprendre les mêmes efforts que face à d’autres crises effroyables et choquantes ailleurs sur la planète ? », a demandé Mme Brown.

Et d’égrener les violences sexuelles systématiques, les 6.000 personnes tuées lors de la prise de contrôle l’année dernière de la ville d’El-Facher (sud-ouest) par les Forces de soutien rapide (FSR) qui combattent l’armée depuis 2023, une enquête de l’ONU mettant en évidence des preuves de génocide, les famines…

Mme Brown reconnaît entendre souvent dire que la solution au conflit réside au Soudan lui-même. « Mais les armes ne viennent pas du Soudan. Ce conflit est alimenté, et il y a des gens qui profitent des ressources », selon elle.

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L’ONU a régulièrement appelé des puissances étrangères à cesser de contribuer à la guerre, mais s’est gardée d’accuser des pays en particulier. L’armée régulière est soutenue par l’Egypte et l’Arabie saoudite, et utilise des drones fabriqués en Turquie ou en Iran.

Difficile « chemin vers la paix »

Montrés du doigt, les Emirats arabes unis démentent avoir fourni des armes aux FSR, accusés de génocide.

Pour Mme Brown, « des flux illégaux d’armes » parviennent dans le pays, malgré un embargo de l’ONU instauré il y a deux décennies au Darfour.

Cette vaste région de l’ouest du pays a été le théâtre des pires violences, comme des invasions de camps de déplacés et des massacres ethniques répétés qui ont fait des milliers de victimes.

Depuis la chute d’El-Facher, les combats les plus acharnés ont lieu au Kordofan, situé entre le Darfour contrôlé par les FSR et l’axe central du pays, aux mains des forces régulières.

Quasi quotidiennes, des frappes de drones au Kordofan tuent des dizaines de personnes à chaque fois, tandis que la famine y menace des centaines de milliers de personnes.

Mme Brown, qui s’est récemment retrouvée bloquée par les combats avec un convoi humanitaire dans la ville de Dilling au Kordofan-Sud, affirme que « quasiment tous les jours depuis, Dilling est attaquée, les habitants continuent à s’enfuir au compte-gouttes pendant que le bilan des morts s’alourdit ».

Les déplacés se dirigent vers El-Obeid, plus au nord-est, où l’ONU reçoit « des informations sur de grands nombres d’enfants qui meurent chaque jour ».

Mme Brown estime que 33 millions de personnes, sur une population de 50 millions, ont besoin d’aide humanitaire au Soudan, où le plus difficile selon elle est de « trouver un chemin vers la paix », au-delà des promesses de dons d’environ 1,5 milliard d’euros réunies mercredi lors d’une conférence à Berlin.

Les efforts diplomatiques menés par le « Quad » (États-Unis, Arabie saoudite, Émirats arabes unis et Égypte) ont jusqu’à présent échoué.

Agence France Presse (AFP)

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