À Paris, l’Afrique veut plus de souveraineté minière sans rompre avec les investisseurs

image-24-1024x648 À Paris, l’Afrique veut plus de souveraineté minière sans rompre avec les investisseurs

Réunis à Paris pour le Mining On Top Africa 2026, ministres, financiers et industriels discutent d’un nouvel équilibre autour de la gestion des ressources minières du continent. Les États africains veulent capter plus de valeur, sans rompre avec les capitaux privés encore indispensables aux projets.

Le message porté par des responsables africains réunis à Paris mardi 7 juillet n’est pas celui d’une fermeture aux investisseurs étrangers. Il est plus subtil. Les États veulent reprendre davantage la main sur leurs ressources, mais sans fragiliser les cadres juridiques et financiers qui permettent aux projets miniers d’exister.

Ce double impératif a dominé les échanges lors de l’ouverture du Mining On Top Africa 2026, placé sous le thème « Sécuriser l’avenir minier de l’Afrique : Souveraineté, durabilité et partenariats globaux ». Dans un contexte de hausse des prix et de forte demande pour l’or, le cuivre et d’autres minéraux critiques, la question n’est plus seulement d’accroître la production et les exportations. Elle est de savoir comment transformer les ressources minières en pouvoir économique, en infrastructures, en emplois, en capacités industrielles et en revenus mieux répartis.

Reprendre la main sans fermer la porte

La table ronde ministérielle de haut niveau a donné le ton. La Mauritanie, représentée par son ministre des Mines et de l’Industrie, Edy Ould Zeine, défend une approche progressive. Le pays dispose déjà d’un modèle particulier, avec la SNIM, société publique qui exploite le minerai de fer, principale ressource minière nationale. Mais Nouakchott cherche aussi à attirer de nouveaux partenaires dans le fer, l’or, l’uranium et le cuivre.

Pour le ministre mauritanien, la souveraineté minière ne doit pas être « imposée ». Elle doit résulter d’un ensemble d’actes capables de renforcer la confiance des investisseurs tout en créant davantage de valeur pour le pays. Autrement dit, l’État ne veut pas opposer souveraineté et attractivité. Il veut utiliser la stabilité, le cadre réglementaire existant et le potentiel des projets pour obtenir un meilleur partage des bénéfices.

La position défendue par le Congo illustre l’autre face du débat : que faire lorsqu’un projet stratégique reste bloqué faute de financement ? C’est le cas de Kola, projet de potasse porté par Kore Potash, qui vise une production de 2,2 millions de tonnes par an mais reste dépendant d’un bouclage financier encore non finalisé, estimé à plus de 2 milliards de dollars.

Interpellé sur ce dossier par l’Agence Ecofin, Urbain Fiacre Opo, ministre congolais des Industries minières et de la Géologie, a rappelé que l’État est lié par des conventions minières qui ne peuvent être remises en cause à la légère. Mais il a aussi fixé une limite. Si l’opérateur ne parvient pas à mobiliser les fonds nécessaires, Brazzaville pourra chercher d’autres partenaires ou pousser à une recomposition du tour de table. Si l’Etat n’en est pas à l’initiative, cette recomposition est possible prochainement, puisque Kore Potash a lancé fin 2025 un processus formel de vente, encore en cours fin juin 2026 avec deux parties intéressées.

« Au moment opportun, si jamais la société n’arrive pas à mobiliser les fonds, nous allons effectivement chercher à mettre en cause leur convention et donner à d’autres partenaires, ce qui est tout à fait normal parce qu’ils prennent en otage nos projets miniers et n’arrivent pas à les développer alors que nous avons des besoins urgents à régler », a indiqué M. Opo.

Une logique commune en Afrique

Cette quête de souveraineté minière ne naît pas seulement d’un discours politique. Elle répond à une frustration ancienne dans plusieurs pays africains, où les ressources sont exploitées localement, mais une grande partie de la valeur, du financement, de la technologie, des contrats et parfois des décisions stratégiques reste contrôlée ailleurs. La montée du nationalisme des ressources au Mali, au Burkina Faso et au Niger a rendu cette tendance plus visible. Mais elle dépasse désormais l’espace sahélien. Du Botswana à la Zambie, en passant par le Zimbabwe et le Ghana, des pays aux profils miniers très différents cherchent eux aussi à faire remonter la part des nationaux dans les actifs, les contrats, la sous-traitance et les chaînes de valeur.

Cette évolution pose cependant une question centrale : comment faire de la souveraineté autre chose qu’un transfert de titres ou de contrats ? Le Ghana offre déjà un terrain d’observation utile. La reprise de la mine d’or Damang par Engineers & Planners montre qu’un acteur local peut, après des années de présence opérationnelle dans le secteur, prétendre à la gestion d’un actif industriel de premier plan.

Mais le débat ouvert dans le premier producteur africain d’or autour de la montée en puissance des contractants locaux rappelle aussi que le contenu local ne peut pas être jugé uniquement à l’aune de la nationalité des entreprises. Les syndicats et les travailleurs regardent aussi les salaires, la sécurité de l’emploi, les cotisations sociales, la qualité des conditions de travail et la capacité des nouveaux opérateurs à maintenir les performances des mines. C’est sur ces critères que les politiques de souveraineté seront réellement évaluées.

Pour les États, le défi consiste donc à passer d’une logique de reprise de contrôle à une logique d’écosystème. Cela suppose des mécanismes de financement adaptés au secteur minier, des banques capables d’accompagner des sous-traitants sur des contrats lourds, des fonds d’investissement spécialisés, des formations techniques ciblées, des partenariats avec les universités, mais aussi des administrations capables de faire respecter les règles sans transformer chaque réforme en risque politique.

Agence Ecofin

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