
Une capacité de 120 millions de tonnes par an, un minerai à haute teneur et d’importantes retombées économiques attendues pour la Guinée : Simandou est un pari. Celui d’un mégaprojet longtemps retardé, dont la montée en puissance pourrait bouleverser le marché mondial du minerai de fer.
Entre 2026 et 2030, la production mondiale de minerai de fer devrait progresser à un rythme annuel moyen de 2,2 % pour atteindre 3,04 milliards de tonnes. Ces perspectives, attribuées lundi 31 août par Mining Weekly à la société de recherche et d’analyse BMI, traduisent une accélération par rapport au rythme de 1,2 % enregistré au cours des cinq dernières années. Tirée par les producteurs déjà établis, cette croissance devrait également être soutenue par la montée en puissance du mégaprojet Simandou en Guinée.
Les géants du minerai de fer gardent leur avance
D’après les informations, l’analyse de BMI met globalement en avant la croissance attendue de la production en Australie, au Brésil, en Inde et en Chine. (Agence Ecofin) – Une dynamique loin d’être anodine au regard du poids de ces quatre pays sur le marché du minerai de fer. Les données de l’US Geological Survey (USGS) estiment déjà la production mondiale à 2,6 milliards de tonnes en 2025, dont 2 milliards issus de ce seul quatuor. L’Australie domine le classement avec 980 millions de tonnes, devant le Brésil avec 420 millions de tonnes, l’Inde avec 310 millions de tonnes et la Chine avec 290 millions de tonnes.
Le classement comprend également d’autres producteurs moins importants, parmi lesquels l’Iran, la Russie, le Canada ou encore l’Afrique du Sud. Mais aucune mention n’est faite de la Guinée qui pourrait toutefois progressivement faire son entrée dans ce cercle avec Simandou. Réparti sur quatre blocs de gisements, le complexe minier a expédié ses premières cargaisons fin 2025 et doit progressivement monter en puissance pour atteindre jusqu’à 120 millions de tonnes de capacité annuelle à terme. Un niveau qui ne suffirait certes pas encore à rivaliser avec les volumes actuellement produits par les principaux acteurs du marché, mais qui pourrait néanmoins donner à la Guinée un poids dans les échanges mondiaux.

Car au-delà des volumes, Simandou présente une autre caractéristique susceptible de renforcer son importance : la qualité de son minerai. Avec une teneur en fer pouvant avoisiner 65 %, celui-ci se situe parmi les minerais à haute teneur, particulièrement recherchés par les sidérurgistes alors que l’industrie de l’acier cherche à réduire ses émissions de carbone. Cette caractéristique explique en partie le surnom de « Pilbara Killer » associé à Simandou, en référence à la région minière australienne qui constitue aujourd’hui l’un des principaux pôles mondiaux d’approvisionnement en minerai de fer.
Une montée en puissance à confirmer
Sur le papier, Simandou pourrait faire de la Guinée l’un des principaux fournisseurs mondiaux de minerai de fer. Cette percée reste toutefois à confirmer et devra s’effectuer progressivement. En janvier, les estimations de S&P Global tablaient ainsi sur des exportations de 15 à 20 millions de tonnes en 2026, avant une progression à 40 à 50 millions de tonnes en 2027. Une trajectoire qui dépendra notamment de la montée en puissance des infrastructures ferroviaires et portuaires destinées à acheminer puis exporter les volumes produits par les quatre blocs du complexe.
Sur ce volet, plusieurs étapes ont déjà été franchies. Dans un rapport publié en juillet, Rio Tinto, actionnaire des blocs 3 et 4, indiquait que les travaux de la mine de SimFer et l’infrastructure portuaire associée étaient achevés à plus des trois quarts, tandis que la mise en service complète du réseau ferroviaire avait été atteinte au premier trimestre 2026. Leur finalisation et surtout leur capacité à fonctionner au rythme nécessaire seront déterminantes pour accompagner l’augmentation des volumes et mesurer la vitesse à laquelle Simandou pourra réellement prendre place dans les flux mondiaux de minerai de fer.
Cette dynamique intervient dans un environnement de marché moins favorable que celui qui prévalait lors des premières annonces autour du projet. La demande d’acier reste notamment sous pression en Chine, premier consommateur mondial de minerai de fer, devant l’Inde. Cette faiblesse pèse sur le marché chinois, qui évolue en situation d’excédent depuis 2024. Pour Simandou, dont l’actionnariat est largement dominé par les acteurs chinois, la question ne sera donc pas uniquement de produire davantage, mais d’écouler régulièrement ses nouveaux volumes dans un marché où les producteurs historiques chercheront eux-mêmes à préserver leurs positions. Autant de facteurs à suivre autour d’un gisement longtemps attendu par la Guinée, qui en fait un pilier de sa stratégie de transformation économique, à travers le programme Simandou 2040.
Aurel S. H (Agence Ecofin)
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