Le monde n’a presque plus de stocks de pétrole pour absorber un nouveau choc

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La guerre au Moyen-Orient a bouleversé les équilibres énergétiques mondiaux, alors que les tensions dans la région pèsent sur les routes d’approvisionnement. À l’approche de l’hiver, les marchés restent exposés aux chocs sur les flux.

Le marché pétrolier mondial dispose désormais d’une marge très réduite pour absorber une nouvelle perturbation de l’offre, selon Amin Nasser, le patron de Saudi Aramco. Moins de 6 milliards de barils restent dans les stocks commerciaux, contre environ 10 milliards au début de la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran, et seule une faible partie de ces volumes est immédiatement mobilisable.

Plus d’un milliard de barils ont déjà été prélevés principalement sur les stocks commerciaux terrestres depuis le début de la crise au Moyen-Orient. Une partie des volumes restants est en outre immobilisée pour des raisons opérationnelles, notamment dans le fond des réservoirs ou des pipelines, tandis que les gouvernements doivent conserver des niveaux minimums de réserves d’urgence. Selon Nasser, seuls 10 % ou moins des stocks sont actuellement disponibles en pratique, ce qui limite la capacité du marché à puiser rapidement dans les volumes encore entreposés.

Cette situation intervient alors que la demande mondiale atteint environ 102 millions de barils par jour, selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE). D’ailleurs, l’organisation prépare la mise à disposition de 100 millions de barils de brut et de diesel pour atténuer la hausse des prix du diesel sur les marchés occidentaux. Au stade actuel, il est difficile de déterminer si cette mesure constitue une nouvelle injection ou si elle s’inscrit dans le cadre du plan de déstockage de 400 millions de barils validé par les membres de l’organisation en mars dernier.

Les flux deviennent le principal amortisseur

La disparition progressive de ce coussin de sécurité rend le marché plus fragile, estime Mike Wirth, le patron de Chevron, qui considère également qu’elle a relevé le plancher des prix du pétrole. Dans ces conditions, le maintien des approvisionnements physiques devient déterminant. Le marché mondial dépend notamment des exportations maritimes de pétrole qui continuent de sortir du Moyen-Orient pour maintenir l’équilibre pendant l’hiver, alors que les stocks disponibles en Occident offrent moins de possibilités d’intervention.

Les opérations de Saudi Aramco illustrent cette adaptation. La capacité de production en amont du groupe reste intacte, ce qui lui permet de continuer à honorer ses contrats d’approvisionnement en Europe et en Asie. Pour maintenir ces livraisons, le groupe a utilisé plusieurs routes d’exportation, réalloué les volumes entre ses différentes qualités de brut et mobilisé ses propres navires.

Au cours du dernier mois, le géant saoudien a notamment augmenté les expéditions depuis Ras Tanura, son principal terminal d’exportation dans le golfe Persique. Après l’interruption temporaire de son principal oléoduc traversant le pays à la suite d’une attaque le mois dernier, les flux ont depuis été rétablis à environ 80 % de leur capacité. Le groupe cherche parallèlement d’autres itinéraires d’exportation afin de réduire sa dépendance à une seule voie d’acheminement. Il étudie aussi des projets susceptibles de doubler ou tripler la capacité de ses installations de stockage.

Reconstituer les stocks sans réduire l’approvisionnement

Cette situation crée un second problème. Les volumes déjà consommés devront être reconstitués alors que la demande mondiale continue de progresser. Nasser estime que les besoins supplémentaires pourraient atteindre au moins 2 millions de barils par jour pendant les deux prochaines années, le temps de reconstituer les stocks, voire davantage si les gouvernements décident d’accroître leurs réserves.

La marge de sécurité est par ailleurs plus faible du côté des réserves stratégiques américaines, l’une des plus importantes du monde. Les stocks de brut sont tombés à leur plus bas niveau depuis octobre 1982, selon des données récentes du ministère de l’Énergie. La capacité de ce dispositif à fournir une réponse supplémentaire à une perturbation est ainsi plus limitée.

Il faut savoir que le même problème apparaît sur le marché du gaz naturel, où les stocks sont également faibles et rendent les prix vulnérables à de fortes variations en cas d’hiver rigoureux.

Agence Ecofin

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