
Face aux conséquences économiques de la guerre au Moyen-Orient, la Banque mondiale discute d’un soutien financier avec plusieurs dizaines de pays. L’institution pourrait mobiliser jusqu’à 100 milliards de dollars si la crise s’aggrave, sur fond de hausse des prix et d’endettement élevé.
La Banque mondiale se prépare à une hausse des demandes d’aide financière. Son président, Ajay Banga (photo), a indiqué dimanche 11 octobre que l’institution était en discussion avec 30 à 40 pays pour les aider à faire face aux conséquences économiques de la guerre au Moyen-Orient. Ces échanges portent notamment sur les difficultés provoquées par la hausse des prix de l’énergie et des produits alimentaires.
Dans un entretien accordé à Reuters, en marge des préparatifs des Assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale à Bangkok, Ajay Banga a précisé que peu de pays avaient jusqu’ici sollicité les 25 milliards de dollars de financements d’urgence mis à disposition au début du conflit, fin février.
L’économie mondiale a mieux résisté que prévu, notamment grâce aux investissements dans l’intelligence artificielle et aux ajustements du marché pétrolier. Mais les pressions s’accumulent désormais sur les pays en développement, confrontés à la hausse des prix du diesel, des engrais et des coûts d’emprunt.
Pour y répondre, la Banque mondiale dispose d’une capacité de financement immédiate de 50 à 60 milliards de dollars. Cette somme comprend les 25 milliards initialement prévus et des ressources qui pourraient être réaffectées à partir de projets déjà approuvés.
Si la situation se dégrade davantage, l’institution pourrait porter son soutien jusqu’à 100 milliards de dollars. Il ne s’agit toutefois pas de financements déjà accordés. Selon Ajay Banga, plusieurs gouvernements préfèrent pour l’instant réorienter des projets existants plutôt que de contracter de nouveaux prêts d’urgence.
La dette complique la réponse à la crise
Cette nouvelle pression intervient alors que les marges de manœuvre budgétaires restent limitées dans de nombreux pays. Selon les estimations de la Banque mondiale, les économies en développement devront verser environ 400 milliards de dollars à leurs créanciers extérieurs en 2026. Les intérêts représentent à eux seuls près du tiers de ces paiements.
Les gouvernements doivent ainsi financer des importations plus coûteuses tout en continuant à rembourser leur dette. Une situation qui risque de réduire les moyens disponibles pour soutenir les ménages et les entreprises.
L’Afrique subsaharienne n’échappe pas à ces tensions. Dans son dernier rapport économique, publié le 6 octobre, la Banque mondiale prévoit une croissance régionale de 4,3 % en 2026, mais une accélération de l’inflation médiane à 5,5 %, contre 3,7 % en 2025. La dette publique, qui représente environ 57 % du PIB régional, continue également de peser sur les budgets des États.
À ces difficultés s’ajoute la menace d’un épisode climatique El Niño particulièrement intense, susceptible de perturber la production agricole et d’aggraver l’insécurité alimentaire.
De nouvelles solutions pour alléger la dette
Au-delà de l’aide d’urgence, la Banque mondiale cherche aussi à réduire le coût de l’endettement. Elle travaille avec le FMI sur plusieurs mécanismes permettant aux gouvernements de remplacer des emprunts coûteux par des financements à des conditions plus favorables.
Des opérations de ce type ont déjà été mises en place en Angola et en Côte d’Ivoire. Selon Ajay Banga, 14 à 15 autres projets sont en préparation. Les économies réalisées doivent notamment permettre de financer l’éducation, la santé ou l’accès à l’eau.
Agence Ecofin
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