
Le procès relatif à la mort suspecte de Younoussa Touré, survenue en mars dernier à l’usine de produits antimoustiques Fatala, située à Maférinyah, dans la préfecture de Forécariah, s’est ouvert jeudi 2 avril 2026 devant le tribunal de première instance de Forécariah. Cette première audience, très attendue par les proches de la victime et les travailleurs de l’usine, a permis d’entendre les sept prévenus poursuivis pour homicide involontaire. Ils ont tous comparu à la barre pour répondre des faits qui leur sont reprochés dans cette affaire entourée de nombreuses zones d’ombre.
Selon les éléments exposés par le parquet, rapportée par l’Agence guinéenne de presse (AGP), la victime aurait été mortellement happée par une machine industrielle dans des circonstances jugées troubles. Les premières conclusions de l’enquête évoquent un incident survenu au moment où l’ouvrier se trouvait à proximité de l’équipement.
Toutefois, plusieurs incohérences relevées dans les témoignages ont conduit les enquêteurs à approfondir leurs investigations. Les prévenus : Aboubacar Camara, Mohamed Condé, Aly Kamano, Thierno Kaba, Salimatou Diallo, Fatoumata Naby Sylla et Kadiatou Kourouma, ont tous nié toute implication dans la survenue du drame. Confrontés aux images issues des caméras de surveillance installées dans l’usine, ils ont maintenu leurs versions des faits, soutenant qu’il s’agissait d’un accident malheureux.
Présenté par l’accusation comme le principal suspect, Aboubacar Camara, collaborateur direct de la victime au moment des faits, a livré sa version devant le tribunal. Il a expliqué que la machine était à l’arrêt lorsque Younoussa Touré se serait glissé en dessous, possiblement pour effectuer une vérification ou une manipulation. Il affirme ne pas avoir assisté au moment précis où l’appareil aurait été remis en marche. Selon lui, il ignorait totalement les circonstances dans lesquelles la machine s’est réactivée, insistant sur le fait qu’il n’avait donné aucune instruction dans ce sens.
Le procureur de la République près le tribunal de première instance de Forécariah, Mamadou Lamine Diallo, a pour sa part mis l’accent sur les éléments laissant planer un doute sur la nature accidentelle du décès. Dans ses observations, il a évoqué la possibilité d’une responsabilité individuelle clairement identifiable. « Nous estimons qu’il pourrait y avoir un responsable clairement identifié, et non un simple manquement aux règles de prudence », a-t-il déclaré, soulignant la nécessité d’approfondir les investigations pour établir la vérité.
À l’issue des débats, le tribunal a décidé de placer sous mandat de dépôt Aboubacar Camara et Mohamed Condé. Cette décision a été motivée par des contradictions jugées importantes dans leurs déclarations respectives, relevées au cours des interrogatoires et de la confrontation avec les éléments matériels du dossier. Les cinq autres prévenus ont, quant à eux, comparaissent libres et devront continuer à répondre aux convocations de la justice.
Dans le souci de mieux comprendre le déroulement exact des faits, le tribunal a également ordonné un transport judiciaire sur les lieux du drame. Cette descente, prévue pour le 8 avril, permettra aux magistrats, aux parties et aux avocats de procéder à une reconstitution afin d’éclairer les circonstances de l’accident et de vérifier la cohérence des différentes versions. La reprise des audiences est fixée au 9 avril prochain, date à laquelle les conclusions de cette reconstitution devraient être examinées par la juridiction.
Alhassane Diomandé Junior
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