
La formule est bien connue : « Manger au moins 5 fruits et légumes par jour », soit environ 400 grammes. La population mondiale n’en consomme pas assez malgré les bienfaits pour la santé en termes d’apport en vitamines et en fibres essentielles au bon fonctionnement du corps humain. L’Afrique encore moins. Mais comment atteindre cet idéal alors que le coût d’une alimentation normale est déjà hors de portée…
Dans son dernier rapport sur la sécurité alimentaire et la nutrition en Afrique, publié fin avril, l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) livre un constat clair : il devient de plus en plus difficile sur le continent, d’accéder à une alimentation capable de couvrir les besoins énergétiques et nutritionnels d’une personne, en prenant pour référence un apport quotidien de 2 330 kcal.
Selon l’organisation, le coût d’une alimentation saine (CoHD) a augmenté de plus 37 % entre 2019 et 2024. Il s’élevait en moyenne à 4,41 $ en parité de pouvoir d’achat (PPA) par personne et par jour en 2024, contre 3,21 $ en 2019.
« Ce coût est largement supérieur au seuil d’extrême pauvreté fixé à 2,15 dollars PPA par personne et par jour, ce qui indique que non seulement les personnes pauvres, mais aussi une partie de celles classées comme non pauvres, ne peuvent pas se permettre une alimentation saine », constate l’organisme onusien.
Une situation inégale selon les régions
Au total sur le continent, la FAO indique que près de 1 milliard de personnes ne pouvaient pas s’offrir un régime alimentaire sain en 2024 (66,6 %), contre 864 millions en 2019.
L’Afrique de l’Est abritait alors la majorité des personnes n’ayant pas financièrement accès à une alimentation saine, avec 365,5 millions de personnes, suivie par l’Afrique de l’Ouest (319,6 millions). L’Afrique du Nord était la sous-région la moins affectée, avec 41,3 % de sa population dans l’incapacité d’accéder à une alimentation saine, et des taux particulièrement bas en Tunisie et au Maroc, où les prévalences s’établissent respectivement à 8,2 % et 13,6 %.
Dans le détail, la FAO indique que 9 pays comptaient en 2024 plus de 80 % de leur population dans cette situation, ce qui compromet gravement l’atteinte des objectifs de sécurité alimentaire et d’amélioration de la nutrition. Il s’agit du Burundi, de la République démocratique du Congo, du Malawi, de la République centrafricaine, de Madagascar, du Mozambique, du Niger, du Soudan du Sud et de la Zambie.
Le Bénin a enregistré la progression la plus marquée, avec une baisse de 9,9 points de pourcentage entre 2019 et 2024 de la part de sa population incapable de s’offrir une alimentation saine. Comme le pays ouest-africain, 13 autres nations ont vu leur situation s’améliorer : le Botswana, les Comores, la RDC, Djibouti, Eswatini, l’Éthiopie, le Libéria, la Namibie, le Sénégal, le Soudan, le Kenya, la Tanzanie et l’Ouganda.
À l’inverse, l’Angola, le Tchad, l’Égypte, la Guinée, le Mali, la Sierra Leone et le Soudan du Sud figurent parmi les pays où la situation s’est le plus dégradée.
Quelles implications ?
L’augmentation du coût d’une alimentation saine en Afrique, combinée au fait que près de 67 % de la population ne peut pas se la permettre, pose un défi majeur aux politiques publiques du continent. D’abord, cette situation impose de passer d’une logique centrée sur la seule disponibilité calorique à une approche orientée vers la qualité nutritionnelle.
Cela implique de revoir les subventions, d’encourager la diversification des systèmes de production, de soutenir les chaînes de valeur locales pour les aliments nutritifs et de réduire les pertes post-récolte qui renchérissent les prix. Dans un contexte de marges budgétaires limitées, chaque dollar dépensé devrait être évalué à l’aune de son impact sur le coût d’un régime sain.
Sur un autre plan, le fait que même une partie des « non pauvres » ne puisse pas s’offrir une alimentation saine montre que le problème ne relève pas uniquement de la protection sociale ciblée, mais aussi du fonctionnement global des marchés alimentaires. Plusieurs analystes soulignent que les politiques de filets sociaux (transferts monétaires, cantines scolaires, etc.) doivent être plus que jamais articulées avec des mesures sur les prix et les infrastructures (transport, stockage, marchés de gros, etc.).
Pour les gouvernements, l’enjeu n’est plus de traiter l’alimentation saine comme un luxe, mais comme un investissement central en capital humain, au même titre que l’éducation ou la santé, dans l’optique de parvenir durablement à la sécurité alimentaire et nutritionnelle.
Agence Ecofin
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