
Le rapport recommande aux pays de la région d’adopter une approche fondée sur des investissements massifs dans l’amélioration de la qualité de l’éducation, l’emploi, la fidélisation et la productivité pour inverser le paradoxe d’une grave pénurie de personnel de santé conjugué à un chômage élevé des diplômés du secteur. L’Afrique subsaharienne ne dispose actuellement que de 46 % des professionnels de santé dont elle a besoin alors que plus de la moitié des nouveaux diplômés dans ce domaine restent au chômage ou occupent des postes précaires, souligne un rapport publié le 6 mai 2026 par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).
Intitulé « State of the Health Workforce in Africa 2026 : Plan, train and retain », le rapport indique que les pays de la région ont réalisé des progrès significatifs en matière d’augmentation des effectifs, de renforcement des cadres de gouvernance et d’amélioration des systèmes de données. En 2024, l’effectif total des agents de santé en Afrique subsaharienne était estimé à 5,72 millions de personnes réparties dans 27 catégories professionnelles. Ce chiffre est en hausse par rapport aux 5,1 millions recensés en 2022 et aux 4,3 millions répertoriés en 2018. Les agents de santé communautaires (ASC) sont le moteur de cette expansion, avec une augmentation de 35 % entre 2022 et 2024.
Les femmes représentent environ 66 % du personnel de santé dans les 41 pays pour lesquels des données ventilées par sexe sont disponibles, bien que ce chiffre varie selon les professions et les pays. Des progrès notables ont été enregistrés en matière d’augmentation de la représentation féminine en médecine, passant de 28 % en 2014 à 49 % en 2024. Il convient toutefois de noter que seuls six pays ont signalé un nombre de femmes médecins supérieur à celui des hommes. De plus, ces progrès en matière de participation ne se sont pas encore traduits par une parité au niveau des postes de direction. Dans les 22 pays ayant fourni des données complètes, les femmes occupent un poste de direction sur trois (33 %) dans le secteur de la santé.
Le rapport précise également que le défi majeur réside dans la persistance d’un paradoxe inquiétant : de graves pénuries perdurent alors même que le chômage demeure élevé. En 2024, on estimait à 943 000 le nombre de professionnels de santé formés au chômage, même si les systèmes de santé restent en sous-effectif. Le chômage était particulièrement élevé chez les praticiens paramédicaux (47,21 %), le personnel d’imagerie médicale (40,86 %), les sage-femmes (34,02 %), les médecins (31,67 %), les techniciens de laboratoire (28,77 %) et les infirmiers (26,31 %). Cette situation reflète un décalage entre l’offre de formation, la marge de manœuvre budgétaire, la demande sur le marché du travail et les besoins du système de santé.
L’OMS a revu à la baisse ses estimations relatives à la pénurie prévue d’agents de santé en Afrique subsaharienne d’ici à 2030, la faisant passer de 6,1 millions à 5,85 millions. C’est un signal important que des progrès sont en train d’être réalisés. Cependant, cette réduction reste marginale et fragile, puisqu’elle ne représente pas encore une transformation structurelle du marché du travail dans le secteur. Elle pourrait facilement être inversée si les pays n’accélèrent pas les investissements dans l’éducation, l’emploi et la fidélisation.
46% des agents ont l’intention de migrer
D’après les projections de l’OMS, la pénurie pourrait remonter à 6,28 millions à l’horizon 2035 si la production de diplômés, l’absorption sur le marché du travail et la rétention ne sont pas accélérées suffisamment pour suivre le rythme de la croissance démographique et de la demande épidémiologique.
Les disparités entre les sous-régions sont frappantes. En 2024, l’Afrique australe affichait le ratio besoins-disponibilité le plus élevé (60 %), suivie de l’Afrique de l’Ouest (51 %), de l’Afrique de l’Est (34 %) et de l’Afrique centrale (33 %). D’ici 2035, on prévoit que toutes les sous-régions montreront des signes d’amélioration, même si des disparités importantes devraient persister.
Les capacités de formation se sont considérablement accrues, avec plus de 325 000 diplômés par an, mais le rapport montre que la formation à elle seule ne résoudra pas la crise. Dans certains pays, plus de la moitié des nouveaux diplômés restent au chômage ou occupent des postes précaires, ce qui témoigne d’un faible alignement entre les systèmes d’éducation, le marché du travail et le financement des systèmes de santé.
D’autre part, les pressions migratoires s’intensifient. Selon des données issues de vastes enquêtes nationales, près de 46 % des agents de santé déclarent avoir l’intention de migrer, en raison de mauvaises conditions de travail et de possibilités de carrière limitées. Les principales destinations privilégiées sont le Canada, les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Australie et l’Arabie saoudite.
Dans le même temps, l’absentéisme continue d’éroder les capacités du système, avec des pertes estimées à 20 % de la masse salariale. Le défi posé par les effectifs de santé en Afrique n’est pas seulement un problème de formation ; c’est aussi un problème d’emploi, de financement et de fidélisation.
Pour réaliser des progrès significatifs, il faut une action concertée tant au niveau du parcours éducatif que de la capacité des pays à recruter, à déployer et à fidéliser les personnes formées.
En moyenne, les pays doivent investir 4 dollars supplémentaires par habitant et par an dans l’emploi du personnel de santé, ou augmenter la masse salariale d’environ 15 % par an, afin d’améliorer le taux d’absorption à au moins 90 % et d’augmenter le nombre de diplômés de 20 % en moyenne d’ici 2030. Parmi les 30 pays disposant de données publiques comparables, l’allocation budgétaire totale consacrée au personnel de santé n’a toutefois augmenté que modestement, passant de 39,9 milliards de dollars en 2023 à 41,3 milliards de dollars en parité de pouvoir d’achat en 2024. Bien que des augmentations aient été enregistrées dans 21 pays, neuf d’entre eux ont connu des baisses en termes réels. Cette situation confirme que le niveau d’investissement n’est pas à la hauteur de l’ampleur des besoins.
Malgré l’ampleur du défi, les arguments économiques en faveur d’un investissement dans les effectifs de santé sont extrêmement solides. Chaque dollar investi dans le personnel de santé peut générer jusqu’à 10 fois plus de rendement financier et 30 fois plus d’avantages sociaux et économiques au sens large.
Agence Ecofin
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