De Rabat à Abuja, l’Afrique mise sur ses usines pour réduire ses importations d’armes

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Selon le SIPRI, les importations d’armements majeurs en Afrique subsaharienne ont augmenté de 13 % en volume entre 2016-2020 et 2021-2025. À ces acquisitions s’ajoutent les besoins en munitions, en pièces détachées et en entretien des équipements.

Du Maroc au Burkina Faso, en passant par le Nigeria, plusieurs États africains cherchent à conserver dans leur économie une partie de l’argent consacré aux équipements militaires. Produire localement doit permettre de rémunérer des salariés et des fournisseurs, de préserver des devises et d’ouvrir des débouchés à l’exportation.

Annoncées pour mars 2027, les premières livraisons de tourelles à l’armée marocaine par Moroccan Military Industry (MMI) illustrent cette tendance. Selon les déclarations de son directeur général à Reuters le 8 octobre, ces équipements sont destinés aux véhicules blindés assemblés au Maroc par l’entreprise indienne Tata. MMI prépare également une usine de munitions à Sidi Yahya, au nord de Rabat.

Attirer les capitaux et conserver les devises

Au Maroc, une loi promulguée en 2020 a encadré la production d’équipements militaires par des investisseurs marocains et étrangers. En juin 2024, le Conseil des ministres a approuvé la création de deux zones industrielles destinées aux matériels de défense, aux armes et aux munitions.

La stratégie repose sur « l’attraction des investissements étrangers et la localisation des technologies liées au domaine militaire », a expliqué, le 7 octobre, Abdeltif Loudyi, ministre délégué chargé de l’Administration de la défense nationale. Le projet d’usine de Tata, inaugurée en septembre 2025, prévoit la création de 90 emplois directs et de 250 emplois indirects. La proportion de composants locaux visée doit passer de 35 % au démarrage à 50 %, grâce à la formation et à l’intégration de fournisseurs marocains.

Au Nigeria, la loi de 2023 sur la Defence Industries Corporation of Nigeria (DICON), organisme public créé en 1964 pour fabriquer des armes et des munitions, vise à attirer des capitaux privés dans la recherche et la production. « En localisant la production, nous économisons les devises étrangères actuellement perdues en raison des importations, qui représentent plus de 95 % du matériel de sécurité en Afrique, et nous réduisons également notre vulnérabilité face aux perturbations de la chaîne d’approvisionnement et aux pressions géopolitiques », a défendu, en mars 2026, le député Babajimi Benson, à l’origine du texte.

Des retombées visibles chez les producteurs historiques

Le député nigérian met également en avant une moindre vulnérabilité aux ruptures d’approvisionnement et des perspectives d’exportation en Afrique de l’Ouest. L’Afrique du Sud montre déjà les débouchés possibles à l’étranger. En septembre, le ministre du Commerce, Parks Tau, a chiffré les exportations de défense de 2025 à 10,1 milliards de rands, dont 4,8 milliards pour les munitions. L’activité bénéficie aussi aux sous-traitants. Rheinmetall Denel Munition, coentreprise du groupe allemand Rheinmetall et de l’entreprise publique sud-africaine Denel, employait environ 2 500 personnes et comptait 1 500 fournisseurs directs, selon des données publiées en septembre 2025.

Autre acteur historique, l’Égypte illustre l’acquisition de compétences grâce aux achats publics. Sur les quatre corvettes Gowind commandées au constructeur français de navires militaires Naval Group, trois ont été construites à Alexandrie grâce à un transfert de technologie. La maintenance peut prolonger ces retombées. En décembre 2025, Naval Group a annoncé la prolongation pour cinq ans du contrat d’entretien de sept bâtiments égyptiens, dont ces quatre corvettes. Le groupe a prévu des recrutements pour renforcer ses équipes en Égypte et indiqué mener des discussions avec des fournisseurs locaux afin de les associer aux travaux.

Produire moins cher, s’adapter aux nouvelles menaces

Au Burkina Faso, Ibrahim Traoré insiste sur le prix et l’adaptation au terrain. En septembre, il a évoqué des blindés importés coûtant près de 500 millions de FCFA (environ 855 000 dollars) l’unité et revendiqué la production locale de près de 300 véhicules Nanga. Présentés comme des pick-up transformés et blindés sur place, ces véhicules illustrent l’effort d’adaptation industrielle. Les données disponibles sur leurs coûts et leurs performances ne permettent toutefois pas de chiffrer les économies réalisées.

L’assemblage local peut nécessiter des moteurs, des équipements électroniques et d’autres composants importés. Les retombées doivent donc être mises en regard du coût des usines, des technologies et des aides publiques. La pérennité industrielle reste également un défi. Après avoir rencontré des difficultés financières et de gouvernance, Denel rappelait, en novembre 2025, que son redressement exigeait des commandes et une trésorerie suffisante pour les honorer.

Ces industries doivent aussi suivre l’évolution du champ de bataille, marquée par l’emploi croissant des drones. Des capacités existent déjà. En Afrique du Sud, Milkor fabrique au Cap son drone Milkor 380, conçu pour des missions de surveillance et de combat. Au Maroc, MMI développe une version antidrones de sa tourelle, dont les munitions doivent être produites localement. L’enjeu sera donc aussi de financer la recherche et d’adapter les équipements aux nouvelles menaces. Au-delà des inaugurations, les livraisons, les coûts, les commandes passées aux fournisseurs locaux et la capacité à entretenir puis à moderniser les matériels permettront de mesurer les gains économiques durables.

Agence Ecofin

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