
Le rapport révèle que certaines populations se rétablissent, parfois de façon spectaculaire, lorsque des actions de conservation sont menées durant plusieurs décennies. À elle seule, la conservation ne suffit cependant pas à inverser les tendances si les systèmes alimentaires, énergétiques et financiers à l’origine de la dégradation de la biodiversité ne font pas l’objet d’une réforme urgente.
La taille moyenne des populations d’animaux sauvages en Afrique a diminué de 80 % depuis 1970, selon un rapport publié le jeudi 8 octobre par le Fonds mondial pour la nature (WWF).
Intitulé Living Planet Report 2026 : The Science of Hope, le rapport s’appuie sur les conclusions du Living Planet Index, un programme de suivi des tendances démographiques de 35 803 populations appartenant à 5 790 espèces d’amphibiens, d’oiseaux, de poissons, de mammifères et de reptiles à travers le monde. Cet indice, qui mesure les variations de la taille moyenne des populations surveillées, est géré par la Société zoologique de Londres (Zoological Society of London), une organisation internationale de conservation de la nature, en partenariat avec le WWF.
Le déclin de 80 % des populations de faune sauvage observé en Afrique est à comparer à une moyenne mondiale de 73 %, ce qui montre que la pression sur les populations surveillées est particulièrement élevée sur le continent. Ce taux n’est cependant qu’une moyenne régionale. Il ne signifie en aucun cas que 80 % des animaux sauvages d’Afrique ont disparu ni que 80 % des espèces sont en déclin. Les trajectoires diffèrent fortement selon les espèces et les milieux : certaines populations diminuent fortement, tandis que d’autres restent stables ou progressent.
La destruction et la dégradation des habitats constituent les pressions les plus fréquemment signalées sur les populations d’animaux sauvages suivies, aussi bien en Afrique qu’à l’échelle mondiale. La surexploitation, le changement climatique, la pollution, les maladies et la propagation d’espèces envahissantes figurent parmi les autres menaces identifiées. Dans le bassin du Congo, par exemple, ces pressions comprennent l’expansion de l’agriculture, l’exploitation forestière et minière, ainsi que la construction de routes et d’autres infrastructures qui fragmentent les forêts et rendent plus accessibles des zones auparavant isolées. La chasse et le braconnage viennent s’ajouter à ces pressions. Les populations d’éléphants de forêt d’Afrique (Loxodonta cyclotis) ont chuté de plus de 60 % au cours des dernières décennies, principalement en raison de la perte d’habitat et des abattages illégaux pour l’ivoire.
Le déclin est réversible sous certaines conditions
Le rapport souligne cependant que le rétablissement de certaines populations montre que le déclin n’est pas une fatalité et qu’un « changement transformateur » pourrait inverser la tendance. De nombreux exemples montrent qu’un large éventail d’actions de conservation, comme les programmes de protection des espèces, les aires protégées, la restauration des habitats et la gestion durable, peut être efficace. Certaines populations d’éléphants d’Afrique australe sont en augmentation, tandis que les observations menées dans le bassin du Congo montrent une stabilisation, voire des signes de rétablissement, chez certaines populations de gorilles grâce à une gestion collaborative à l’échelle locale.
La conservation et la restauration de la nature ne sont cependant durables que lorsque les populations locales participent aux décisions et disposent de droits légaux sur les ressources, les terres et la faune sauvage, ainsi que d’un intérêt réel à leur préservation. Dans ce cadre, les partenariats entre les communautés, les chefs traditionnels, les pouvoirs publics et les ONG revêtent une grande importance.
Les actions de conservation ciblées et soutenues donnent de l’espoir. Mais elles ne suffisent pas à restaurer la biodiversité et la santé de la planète. Un changement transformateur doit aller au-delà des interventions menées espèce par espèce et région par région pour s’attaquer aux causes profondes de la dégradation de la nature : la combustion d’énergies fossiles, la conversion d’habitats naturels pour produire des aliments et un système financier qui permet de réaliser des profits au détriment de l’environnement. Les systèmes alimentaires, énergétiques et financiers à l’origine de ces pressions doivent ainsi faire l’objet d’une réforme urgente.
À première vue, transformer ces systèmes à l’échelle et au rythme requis peut sembler hors de portée. Pourtant, le changement peut s’opérer à une vitesse remarquable. Le monde a déjà franchi un point de bascule positif dans la transition énergétique : les énergies solaire et éolienne connaissent une croissance exponentielle, tandis que le passage aux véhicules électriques s’accélère.
Le système alimentaire offre lui aussi d’importantes possibilités de transformation rapide. Les modes de production et de consommation pourraient passer du statut de principaux moteurs de la perte de biodiversité à celui d’alliés du rétablissement de la nature.
Dans le secteur financier, des règles du jeu différentes pourraient permettre de réorienter des centaines de milliards de dollars aujourd’hui investis dans des activités nuisibles vers des solutions durables.
Agence Ecofin
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