Joseph Kabila devant la justice : un coup d’épée dans l’eau ?

image-70 Joseph Kabila devant la justice : un coup d’épée dans l’eau ?

Il est ancien président de la République. Il est sénateur à vie. En somme, il était un intouchable en République Démocratique du Congo. Mais aujourd’hui, il est un simple justiciable qui doit répondre de plusieurs chefs d’accusation, notamment, déportation et occupation à force ouverte de la ville de Goma, crime contre la paix, torture, viol, participation à un mouvement insurrectionnel, homicide intentionnel par balle, apologie, trahison.

Toutes ses immunités levées, l’ancien chef de l’Etat en exil ne se présentera certainement pas physiquement devant ses juges, mais n’en subira pas moins les rigueurs de la loi, devant la Haute cour militaire de la justice. La justice n’ayant jamais été celle des vaincus, mais toujours celle des vainqueurs, donc aux mains du prince de l’heure, ce sera un miracle que ce procès, s’il va à son terme, ne soit pas décrié comme inéquitable.

Un mandat international sera certainement lancé contre Joseph Kabila sous peu, mais ce n’est point évident qu’il puisse être exécuté, surtout si le banni de Kinshasa se met sous les ailes protectrices de son voisin rwandais. Du reste, Kigali est accusé de soutenir l’AFC/M23 qui occupe actuellement les villes de Goma et de Bukavu. Goma où a séjourné Joseph Kabila.

Existe-t-il des preuves formelles qui peuvent faire couler Kabila fils, mettant à nu un quelconque rôle qu’il jouerait aux côtés du mouvement rebelle dans ses conquêtes armées en RD Congo ? En attendant, le prédécesseur de Félix Tshisekedi n’a de cesse de pousser la charge contre ce dernier auquel il fait porter la responsabilité de la mauvaise gestion de la RD Congo et de tous les maux qui assaillent le pays. Joseph Kabila, lui, se présente comme un homme engagé dans une dynamique de retour à la paix. C’est aussi le refrain chanté par ses partisans, également dans le viseur de Kinshasa.

A quoi sert réellement la chasse à Joseph Kabila, au moment où à Doha, une déclaration de principes vient d’être signée entre le gouvernement congolais et l’AFC/M23, pour parvenir à un cessez-le-feu entre les parties belligérantes ? Ce procès contre l’ancien président ne sera-t-il pas un ingrédient de plus pour attiser la guerre, surtout que, comme Godot, la paix se fait désirer sur un front où les canons, eux, n’ont jamais cessé de cracher du feu ? A moins que par ces charges devant la justice, le pouvoir ne veuille casser toute velléité de soutien plus poussé de Kabila à l’AFC/M23 dirigé par son ancien président de la CENI, Corneille Nangaa, un fidèle parmi les fidèles !

En tout cas, la machine judiciaire est lancée contre Joseph Kabila, même si, pour l’instant, elle n’a aucune chance de l’atteindre, a fortiori le broyer. Question : la paix n’est-elle pas en train de s’éloigner davantage de la RD Congo avec tous ses fronts qu’ouvre Félix Tshisekedi contre son pouvoir ? L’espoir viendra peut-être de Doha, même si pour l’instant, il n’a été signé, dans la capitale du Qatar, qu’une simple déclaration de principes, qui se contente, pour l’instant, d’un appel à un impossible cessez-le-feu, oubliant de mettre un accent aigu sur le retrait de l’AFC/M23 de ses positions occupées en RD Congo.

Par Wakat Séra (Burkina Faso)

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