
Le classement va au-delà de la dimension économique de la compétitivité pour prendre en compte un ensemble complexe de dimensions politiques, sociales et culturelles, en partant du principe que les pays qui allient force institutionnelle et développement inclusif sont en mesure de mieux résister aux chocs externes dans un contexte marqué par la montée des tensions géopolitiques et une fragmentation mondiale croissante.
Six pays africains figurent parmi les économies les plus compétitives du monde, selon un classement publié le jeudi 18 juin par l’Institut suisse IMD Business School.
Le classement « World Competitiveness Ranking 2026 » évalue cette année la capacité de 70 économies à travers le monde à créer et à maintenir un environnement propice à la compétitivité des entreprises, en se basant sur quatre dimensions clés : les performances économiques, l’efficacité du gouvernement, l’efficacité des entreprises et les infrastructures.
« La compétitivité d’une économie ne saurait se réduire au seul PIB, à la productivité ou à l’emploi. Elle dépend d’une matrice plus large de dimensions politique, sociale et culturelle, mesurées à partir de données objectives et des perceptions de hauts dirigeants, et articulées autour de la performance économique, de l’efficacité de l’État, de l’efficacité des entreprises et des infrastructures », explique la prestigieuse école de commerce et de management basée à Lausanne.
Le classement s’appuie sur 172 indicateurs statistiques provenant des institutions internationales, régionales et nationales (croissance du PIB, investissements directs étrangers, volume des exportations, climat des affaires, infrastructures technologiques, situation des finances publiques, etc.), ainsi que sur 92 indicateurs issus d’une enquête réalisée auprès de 6 900 dirigeants d’entreprise dans les pays couverts par l’étude. Les indicateurs tirés des perceptions des dirigeants d’entreprise portent sur des aspects difficiles à quantifier comme la fraude, la corruption, la politique fiscale, l’État de droit ou encore la disponibilité de la main-d’œuvre qualifiée. Un score global est attribué à chaque pays étudié sur une échelle allant de 0 à 100 points.
Les facteurs de compétitivité évoluent dans un monde instable
L’Afrique du Sud, qui occupe le 54e rang sur les 70 pays couverts par le classement, a ravi le titre d’économie la plus compétitive en Afrique au Kenya cette année. La nation arc-en-ciel, qui affiche un score global de 50,16 points, a gagné 10 rangs comparativement à l’édition 2025 du classement, grâce notamment à des performances relativement bonnes dans la dimension « efficacité des entreprises » (42e position mondiale). La première puissance économique africaine fait cependant face à de nombreux défis, dont une croissance du PIB atone, une hausse de la dette publique et des goulets d’étranglement dans les domaines des infrastructures.
Le Kenya (55e rang mondial) occupe désormais la deuxième marche du podium à l’échelle africaine, devant le Ghana (64e), le Botswana (66e), le Nigeria (68e) et la Namibie (69e).
Globalement, les pays africains figurant dans le classement réalisent leurs meilleurs scores dans la dimension efficacité des entreprises et leurs pires performances dans les domaines du développement des infrastructures et de l’efficacité du gouvernement, alors que l’IMD Business School souligne que les économies dotées d’institutions crédibles sont mieux armées pour faire face à un monde instable et fragmenté et que les facteurs de compétitivité s’éloignent de l’accent traditionnellement mis sur les coûts, la taille et la production.
« La situation géopolitique se détériore et la fragmentation mondiale s’accentue. Les nations dotées d’institutions crédibles et qui ont fait leurs preuves bénéficient d’un avantage dans ce contexte car, alors que les systèmes internationaux ne répondent plus aux besoins de nombreux pays, les entreprises peuvent poursuivre leurs activités comme à l’accoutumée », a déclaré Arturo Bris, directeur du World Competitiveness Center, un think tank rattaché à l’Institut.
Le classement montre par ailleurs que Singapour, qui avait été devancé par la Suisse l’an passé, a reconquis son rang d’économie la plus compétitive du monde cette année. La Confédération helvétique occupe désormais le 3e rang, derrière Hong Kong. Viennent ensuite Taïwan et les Émirats arabes unis. Les États-Unis, première puissance économique mondiale, occupent le 10e rang sur les 70 économies étudiées, tandis que la Chine arrive à la 12e position.
Walid Kéfi (Agence Ecofin)
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