Gazoduc Africain Atlantique : le tour de table s’ouvre à Washington

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Une semaine après l’accord intergouvernemental signé par les États membres de la CEDEAO, le projet entre dans sa phase de structuration financière.

Le montage financier du plus grand projet d’infrastructure d’Afrique de l’Ouest a commencé. Le Maroc a engagé des discussions avec l’Export-Import Bank des États-Unis (US EXIM Bank) et la Banque mondiale pour financer le Gazoduc Africain Atlantique, évalué à 26 milliards de dollars, a confirmé le 25 juillet l’ambassadeur du royaume aux États-Unis, Youssef Amrani, à l’agence Bloomberg. L’agence américaine de crédit à l’exportation reconnaît des échanges préliminaires.

La démarche intervient une semaine après le jalon institutionnel attendu par les bailleurs. Le 19 juillet, à Freetown, les chefs d’État de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) ont signé l’accord intergouvernemental encadrant l’ouvrage, faisant passer une initiative bilatérale maroco-nigériane au rang de programme régional doté d’un cadre juridique commun.

Treize pays, une construction par tronçons

Porté par l’Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM) et la Nigerian National Petroleum Company (NNPC), le gazoduc doit s’étendre sur 6 800 kilomètres et traverser treize pays de la façade atlantique. Capacité visée : 30 milliards de mètres cubes par an, soit environ 3 milliards de pieds cubes par jour de gaz acheminés vers les marchés.

L’ouvrage sera construit par segments. Amina Benkhadra, directrice générale de l’ONHYM, a décrit à Reuters un enchaînement en trois temps : d’abord la liaison entre le Maroc et les champs mauritaniens et sénégalais, ensuite un tronçon sud reliant le Ghana à la Côte d’Ivoire, enfin le raccordement du Ghana aux gisements nigérians. Le gaz du Nigeria, premier détenteur de réserves du continent avec 210 000 milliards de pieds cubes en 2024, arriverait donc en dernier. Les travaux sont annoncés pour 2028 et la première mise en service pour 2031.

Un marché régional à construire

L’enjeu ouest-africain ne se réduit pas à l’exportation. Le corridor doit désenclaver des marchés nationaux aujourd’hui cloisonnés et structurer un marché gazier régional, là où le Gazoduc de l’Afrique de l’Ouest, en service depuis 2010 entre le Nigeria, le Bénin, le Togo et le Ghana, reste de dimension modeste et sujet à des interruptions récurrentes d’approvisionnement. Amina Benkhadra présente le projet comme un levier d’accélération de l’accès à l’électricité et de développement industriel régional.

Le dimensionnement multi-pays constitue aussi l’argument de bancabilité de l’ONHYM : en s’appuyant sur treize économies, le projet ne dépend ni d’un marché ni d’un producteur unique, ce qui réduit, selon l’office, l’exposition des prêteurs. Anne-Sophie Corbeau, chercheuse au Center on Global Energy Policy de l’université Columbia, y voit au contraire un facteur de complexité et estime que le nombre d’États impliqués compliquera l’exécution. Elle s’interroge par ailleurs sur la pertinence du prolongement européen, alors que l’Union européenne organise sa sortie progressive des énergies fossiles.

Le débouché européen reste néanmoins une variable du modèle économique, via le raccordement au gazoduc Maghreb-Europe. Le contrat de référence néerlandais TTF évoluait au-dessus de 62 euros le mégawattheure le 24 juillet, à son plus haut niveau depuis quatre mois, ce qui renforce ponctuellement l’argumentaire commercial de Rabat auprès des financiers.

Prochains jalons : la création de la société de projet à Casablanca, l’installation de l’autorité de gouvernance du gazoduc à Abuja, puis la signature d’un accord distinct avec le Maroc et la Mauritanie, non-membres de la CEDEAO.

Fiacre E. Kakpo (Agence Ecofin)

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