
Les États africains investissent davantage pour mieux connaître leur sous-sol avant l’arrivée des compagnies minières. Dans cette quête, un nom revient régulièrement : Xcalibur, spécialiste des levés géophysiques aéroportés, sollicité sur fonds publics comme dans des programmes soutenus par des partenaires internationaux.
La RDC prévoit de rendre pleinement opérationnelle d’ici fin 2026 une banque nationale destinée à centraliser les données géologiques produites par plusieurs programmes de cartographie du pays, a rapporté cette semaine Reuters. Le dispositif est notamment alimenté par un contrat de 180 millions de dollars avec un groupe basé à Madrid, devenu ces dernières années l’un des prestataires les plus visibles des États africains désireux de mieux connaître leur potentiel minier : Xcalibur Smart Mapping.
En RDC, la société doit couvrir plus de 700 000 km², dans un pays de 2,34 millions de km² dont seulement 20 % du territoire a fait l’objet d’une exploration systématique, selon le Service géologique national du Congo. Xcalibur a commencé en janvier 2026 l’exécution de ce contrat dans le premier producteur africain de cuivre, mais travaille depuis plus longtemps chez son dauphin. En Zambie, le groupe a été chargé en mai 2024 d’un levé géophysique aérien à haute résolution couvrant l’ensemble du territoire, dans le cadre d’un programme de plus de 90 millions de dollars.
Présence panafricaine

Xcalibur intervient aussi dans des programmes financés par les partenaires au développement. Au Nigeria, la société a remporté un appel d’offres international du projet MinDiver, soutenu par la Banque mondiale, pour réaliser des levés magnétiques et radiométriques à haute résolution. Le même schéma a été utilisé en Sierra Leone, où une campagne nationale lancée en 2019 avec le soutien de la Banque mondiale a permis d’acquérir plus de 547 000 kilomètres-lignes de données magnétiques et radiométriques. Xcalibur n’était cependant qu’un maillon du dispositif : GeoFocus avait conçu le levé, Paterson, Grant & Watson participaient à l’interprétation et Reid Geophysics assurait le contrôle de la qualité.
La fréquence avec laquelle Xcalibur apparaît dans ces programmes tient d’abord à son histoire africaine. Le groupe est aujourd’hui basé à Madrid, mais Xcalibur Airborne Geophysics a été fondé en 2002 à Pretoria et conserve une importante implantation sud-africaine. Il bénéficie donc de plus de deux décennies d’expérience opérationnelle sur le continent. Sa position actuelle résulte par ailleurs de la consolidation du marché. En 2021, Xcalibur a racheté les activités et actifs de CGG Multi-Physics, à l’exception de sa bibliothèque de données multi-clients.
L’opération lui a apporté des technologies et des capacités supplémentaires dans la gravimétrie, la gradiométrie gravimétrique et l’électromagnétisme, complétant son savoir-faire historique dans les levés magnétiques et radiométriques. Le groupe peut proposer aux gouvernements une chaîne qui ne s’arrête plus à faire voler des avions : acquisition, traitement et interprétation des données, différentes technologies géophysiques et, de plus en plus, intégration de données géospatiales et d’outils d’intelligence artificielle.
Recomposition incertaine du secteur
Cette avance ne signifie pourtant pas que le marché africain soit verrouillé. L’Afrique du Sud abrite notamment New Resolution Geophysics, qui revendique plus de 7 millions de kilomètres-lignes de levés dans plus de 50 pays, et Spectrem Air, spécialiste de l’électromagnétisme aéroporté. La multiplication des programmes nationaux pourrait désormais rendre cette concurrence plus stratégique.
Avec des contrats nationaux pouvant atteindre plusieurs dizaines, voire centaines de millions de dollars, la question sera de savoir si cette demande fera émerger davantage de concurrents, notamment africains, ou renforcera les quelques groupes qui se partagent déjà le marché. Pour les États qui cherchent précisément à reprendre la maîtrise de leurs données géologiques, le choix de ceux à qui ils confient leur production devient lui aussi un enjeu de souveraineté.
Agence Ecofin
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