Meurtre irrésolu de Rachelle Wrathmall : Sur les traces du mari en fuite

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En juin 2007, Rachelle Wrathmall est poignardée à mort chez elle, à Lennoxville. Pour la police, aucun doute : le coupable est son mari, Raphiou Sow. Pourtant, 19 ans plus tard, l’homme court toujours. Notre journaliste Isabelle Hachey a remonté le fil de l’enquête, une traque qui l’a menée jusqu’en Afrique de l’Ouest.

Chapitre 1 : le meurtre

Tout est calme à l’étage de la maison familiale de Lennoxville, à Sherbrooke. Trop calme, peut-être. D’un pas hésitant, Donna Wrathmall entre dans la chambre de sa sœur, Rachelle. Il y règne un étrange désordre. Il n’y a pas de couverture sur le lit. Dans un coin, des cintres s’empilent sur le vieux plancher de bois peint en rouge.

Quelque chose, par terre, accroche le regard de Donna : un rectangle de papier blanc, qui se détache sur le parquet rouge. Elle se penche pour le retourner. C’est une photo de Rachelle et de son mari, Raphiou Sow. Leur relation est tumultueuse, pour ne pas dire toxique. Donna ferait n’importe quoi pour que sa sœur rompe une fois pour toutes avec cet homme manipulateur, colérique et jaloux. Maladivement jaloux.

Et puis, Donna remarque le sang, à peine visible, qui s’est infiltré entre les planches du vieux parquet. C’est peut-être Jake, le labrador adoré de Rachelle, qui s’est blessé en jouant dans le bois entourant la maison, se dit-elle.

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Donna Wrathmall, devant la maison où sa sœur Rachelle a été tuée en 2007, dans l’arrondissement de Lennoxville, à Sherbrooke

Donna se demande où peut bien être Rachelle. Pas à la maison, en tout cas : la Jeep Liberty de sa sœur n’est pas dans l’entrée. Elle a peur, mais ne comprend pas vraiment pourquoi. Pas encore.

Plus jeunes, les sœurs Wrathmall ont souvent été en froid. Mais depuis la mort de leur mère, elles se sont rapprochées. En fait, elles n’ont jamais été aussi soudées. Rachelle appelle Donna tous les matins. Pour parler de tout et de rien. Pour lui souhaiter une bonne journée.

Hier, pourtant, Rachelle n’a pas téléphoné. Donna a trouvé ça bizarre. Dans l’après-midi, elle a composé le numéro de cellulaire de sa sœur ; elle est tombée sur la boîte vocale.

Ce matin, Donna a commencé à s’inquiéter pour vrai. Elle s’est dit qu’elle passerait à la maison de son enfance, après le travail, pour s’assurer que tout allait bien. Rachelle y habite avec leur père malade. À son arrivée, vers 16 h, Donna a trouvé son père couché dans une annexe de la maison, au rez-de-chaussée. Il y passe désormais le plus clair de son temps. Donna l’a questionné : il n’a aucune idée d’où se trouve Rachelle. Il n’a rien vu, rien entendu. Il faut dire qu’il ne monte jamais à l’étage.

Donna, elle, est montée.

Et voilà qu’en sortant de la chambre de sa sœur, son cœur se serre. Elle se dirige vers la porte fermée de l’autre chambre, qui sert de débarras. Elle l’ouvre brusquement. La pièce est remplie d’objets entreposés pêle-mêle. Donna pousse le futon qui bloque son chemin et aperçoit, par terre, un tas de couvertures. Elle comprend tout de suite. « Je savais à ce moment-là. Je savais. J’ai soulevé une couverture et j’ai vu son visage », raconte-t-elle. Le visage de Rachelle. Morte.

« Je savais que c’était lui. »

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Lamine Barry, ex-conjoint de Donna Wrathmall

Donna pousse un cri et déboule l’escalier en panique. Elle réclame le cellulaire de son père, mais ne lui dit rien de plus. Pas besoin. Il a compris, lui aussi. Sous le choc, il répète : « Oh, non… oh, non… » Donna compose le 911, puis le numéro de Lamine Barry, son conjoint à l’époque, en voyage à Philadelphie avec leur petit garçon. Elle hurle dans le combiné : « Rachelle est morte ! » Lamine fige sur place. « Mon esprit est allé directement vers Raphiou, se rappelle-t-il. Directement. »

C’était le 29 juin 2007. Depuis ce jour funeste, il n’y a aucun doute dans l’esprit de Donna, de Lamine et des autres proches de Rachelle Wrathmall : la Sherbrookoise de 31 ans a été poignardée à mort par son mari, Raphiou Sow.

Dix-neuf ans plus tard, la police en est tout aussi persuadée. « Si ce n’est pas lui, je ne sais pas qui ça peut être », laisse tomber, comme pour souligner une évidence, le sergent Éric Bolduc, chef de la division des dossiers non résolus à la Sûreté du Québec. Et cette évidence, selon lui, c’est que Rachelle Wrathmall a bel et bien été victime d’un féminicide.

Notre journaliste en entrevue avec le sergent Éric Bolduc, chef de la division des dossiers non résolus à la Sûreté du Québec

C’est plate, parce que c’est une jeune femme qui a été tuée, sans doute par un conjoint violent qui s’est poussé et que le système n’a pas encore réussi à rattraper.

Sa franchise étonne : après tout, Raphiou Sow n’a jamais été accusé du meurtre, encore moins condamné. Le policier est-il à ce point convaincu de ce qu’il avance ? « Oui », répond-il sans hésiter.

Dans ce cas, comment se fait-il que Raphiou Sow soit toujours libre comme l’air ?

Chapitre 2 : le piège

Octobre 2004. Rachelle Wrathmall fait une marche dans les rues de Lennoxville avec sa meilleure amie, Paraskevi Mazarakiotis. Ça ne va pas, lui confie-t-elle. L’homme qu’elle fréquente depuis 10 mois, Raphiou Sow, l’a menacée. Et ce n’est pas la première fois. Le couple se dispute souvent. Très souvent.

Lors d’une querelle particulièrement violente, Rachelle a lancé à Raphiou : « S’il m’arrive quelque chose, tout le monde va savoir que c’est toi qui l’as fait ! » Paraskevi est bouleversée par la confidence de son amie. Elle y repensera très souvent, par la suite, en se disant que Rachelle avait raison : tout le monde sait que c’est lui qui l’a fait.

Les souvenirs que Paraskevi garde de sa pétillante amie d’enfance ne sont heureusement pas tous aussi sombres. Au contraire, de ses années avec Rachelle, elle retient surtout les petits riens qui font le sel de la vie. Traîner dans les modules de jeu, au parc. Sauter sur son vélo pour aller engouffrer des hot-dogs au casse-croûte. Organiser des soupers de filles. S’époumoner au spectacle des New Kids on the Block.

L’arrondissement de Lennoxville dégage une atmosphère de village : tout le monde se connaît. Et tout le monde connaît Rachelle, fille des propriétaires de la pâtisserie Green’s. L’enfant devient une adolescente, puis une femme, une belle grande blonde au sourire généreux. Elle fait tourner les têtes.

Après avoir obtenu un diplôme en finances à l’Université Bishop’s, elle décroche un emploi chez Revenu Canada. Au bureau, elle passe ses journées à traquer les fraudeurs. Mais elle ne se méfiera pas des mensonges de Raphiou Sow.

Elle tombe sous le charme en janvier 2004. C’est son beau-frère, Lamine Barry, qui lui présente Raphiou. Sans être de grands amis, les deux hommes se sont un peu fréquentés en Guinée, leur pays d’origine, à la fin des années 1990. Ils se sont ensuite retrouvés à Montréal.

Arrivé en août 2002 avec un visa d’étudiant, Raphiou a fait croire à Lamine qu’il détenait déjà sa résidence permanente au Canada. Il prétendait travailler pour Hydro-Québec. Lamine ne s’est douté de rien. « Il me racontait pas mal d’histoires, je ne vérifiais pas. Je me disais : à quoi bon mentir ? »

Lorsque Lamine finit par comprendre à quel genre de personnage il a affaire, il est trop tard : Rachelle est entichée de Raphiou. Mais le charmeur des premiers jours fait bientôt place à un tout autre homme. Possessif. Ombrageux. Jaloux au point d’insister pour s’asseoir entre Rachelle et le copain de Paraskevi, lors d’une fête au Vieux Duluth, pour les empêcher de flirter…

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Rachelle Wrathmall et Raphiou Sow lors d’une fête au Vieux Duluth

« Il était jaloux de tout le monde, en fait », se rappelle Marwane Diallo, un Guinéen qui faisait partie du groupe d’amis de Sherbrooke, à l’époque. Il fallait que personne ne s’approche de Rachelle. Il menaçait tout le monde.

 Marwane Diallo, ancien ami de Rachelle et de Raphiou

Un jour, Rachelle lui confie que Raphiou a accès à ses courriels. « Il traquait la vie de la fille tout le temps. Il était au courant de ses faits et gestes. » Marwane voit le danger que représente son compatriote ; il tente de mettre Rachelle en garde, en vain. Personne n’arrive à la faire décrocher.

En septembre 2004, Rachelle emménage avec Raphiou dans un appartement, au troisième étage d’un immeuble de la rue André, à Sherbrooke. À peine deux mois plus tard, elle appelle Paraskevi en panique. Sa voix tremble : « Fais quelque chose, je dois sortir d’ici ! Ça va mal, ma vie est en danger… »

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Efthimia Panagopoulos

Les amies de Rachelle se mobilisent en urgence. Dans l’immeuble de la rue André, elles montent et descendent les escaliers, les bras chargés, sans reprendre leur souffle. « On déménageait vite, vite, vite », raconte Efthimia Panagopoulos. « On avait peur qu’il arrive. »

Terrorisée, Rachelle se cache chez la mère de Paraskevi. Au bout de deux jours, pourtant, elle craque.

Elle me dit qu’elle ne peut pas le faire : elle ne le quittera pas. Ils retournent ensemble.

Peu de temps après, Raphiou se présente chez le copain de Paraskevi pour récupérer les choses de Rachelle, entreposées dans la remise. Il se gare dans l’entrée de façon à en bloquer le passage. « On ne pouvait plus sortir, dit Paraskevi. On a appelé la police. On avait peur de lui. »

Son copain sort sa carabine. Deux policiers de Sherbrooke réussissent à calmer le jeu, mais l’évènement terrifie Paraskevi. Le cœur brisé, elle décide de couper les ponts avec son amie d’enfance. « Je devais me protéger de Raphiou. Je réalisais à quel point il était fou et potentiellement dangereux. »

Chapitre 3 : la relation toxique

À quatre reprises, Rachelle Wrathmall quitte Raphiou Sow en jurant que cette fois est la bonne. À quatre reprises, elle retourne à ses côtés au bout de quelques jours. Le couple oscille entre les crises et les regrets, entre les reproches et les déclarations d’amour.

Rachelle s’est réfugiée chez sa sœur Donna lorsque l’homme qu’elle cherche désespérément à quitter apparaît au seuil de la porte. Il vocifère et tente de forcer son chemin à l’intérieur. Donna se plante devant lui afin de lui barrer la route. « On était face à face. Nez à nez. Je lui ai dit : “Hors de ma maison !” J’étais sûre qu’il allait me frapper… »

Il ne l’a pas fait. Et jamais Rachelle ne lui dira avoir été battue par Raphiou. N’empêche, ses proches sont inquiets. « Jusqu’à quand vas-tu endurer ça ? », ose lui demander son amie Chantal Morin à la suite d’une énième crise. La réponse de Rachelle lui glace le sang : « Jusqu’à ce qu’il me tue. »

L’emprise que Raphiou exerce sur Rachelle est psychologique et non financière. Incapable de conserver un emploi, le Guinéen vit plutôt à ses crochets.

En août 2005, Rachelle n’y tient plus. En secret, elle écrit une lettre à Immigration Canada pour dénoncer Raphiou : il acquitte rarement ses factures ; le paiement de son loyer est en retard ; il travaille tout en recevant de l’aide sociale…

Elle insiste pour que sa dénonciation reste confidentielle. « Je ne veux pas que M. Sow soit au courant de cette lettre ni de notre conversation. La raison en est qu’il peut être violent », écrit-elle.

En novembre 2005, Rachelle revient à la charge dans une seconde dénonciation, presque un appel à l’aide.

« Je ne me sens pas à l’aise de le parrainer et je ne lui fais pas confiance. Pour être honnête, je crains ses menaces. Il pourrait se montrer très violent s’il apprenait que j’ai écrit cette lettre. Il exerce une influence considérable sur ma vie. » (Extrait de la lettre de dénonciation écrite par Rachelle à Immigration Canada en novembre 2005).

Immigration Canada refuse peu après la demande de parrainage. Pour autant, Rachelle n’est pas soulagée. Elle reste coincée dans un infernal cycle de violence psychologique. Ses dénonciations secrètes ne l’empêchent donc pas de continuer à soutenir Raphiou dans ses démarches d’immigration. Dans l’espoir de l’aider à obtenir sa résidence permanente, elle l’épouse, le 22 août 2006, à Sherbrooke. Personne n’est invité au mariage.

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L’une des dernières photos de Rachelle, prise quelques jours avant le drame

Pour les autorités, cette union ne change rien. C’est trop peu, trop tard.

Raphiou Sow n’est plus désiré sur le territoire canadien. Il reçoit un avis d’expulsion. Sur le point d’être arrêté en vue de son renvoi, il décide de s’enfuir aux États-Unis.

Il choisit la nuit du 1er octobre 2006 pour franchir illégalement la frontière. À 4 h du matin, il est arrêté au Vermont, puis conduit dans un centre de détention de Boston. Il y restera pendant trois mois.

La distance ne l’empêche pas de crever de jalousie. Du fond de sa prison, il laisse un message sur le répondeur de Marwane Diallo, un ami qu’il soupçonne de coucher avec Rachelle. « Il m’a dit qu’il allait me tuer », se souvient Marwane. La jalousie de Raphiou transparaît dans chaque ligne d’une lettre adressée à Rachelle en novembre 2006. « J’espère que tu vas bien ; chose dont je ne doute pas après les choses dont j’ai appris à propos de toi », commence-t-il.

Suivent deux pages noircies de ratures et de remontrances rageuses. « Je suis tellement fâché que j’ai décidé de ne pas appeler pour l’instant ; pour ne pas gâcher ton merveilleux week-end… »

Raphiou reproche à Rachelle de ne pas s’être fait chaperonner par son père lorsqu’elle est venue le visiter à Boston. Il est convaincu qu’elle en a profité pour voir un autre homme. « Franchement Ray, si tu m’aimes et si tu ne voulais pas que je m’inquiète ou si tu voulais me prouver que tu venais pour moi, tu serais venue avec ton père. »

Il conclut par un avertissement : « Ray, je croyais que tu avais compris que même en étant [à Boston], je peux tout apprendre. […] Je te dis que je t’aime et tu veux détruire ça. Je ne comprends pas pourquoi ? »

Même derrière les barreaux, Raphiou parvient à manipuler Rachelle. « Elle se blâmait beaucoup », se souvient son amie Chantal Morin. Elle se sent coupable d’avoir dénoncé son conjoint à Immigration Canada. La fuite aux États-Unis, la détention, l’éventuelle expulsion en Guinée… elle est convaincue que tout est de sa faute. Pétrie de remords, Rachelle paie la caution de 5000 $ US qui permet à son conjoint d’être libéré en attente de sa comparution aux États-Unis.

Raphiou Sow est libre, mais doit demeurer sur le sol américain jusqu’à ce que les autorités décident de son sort. Les proches de Rachelle sont soulagés : il n’a pas le droit de remettre les pieds au Canada. Il ne peut plus faire de dommages. « On n’avait pas d’inquiétudes, dit son amie Paraskevi Mazarakiotis. On avait baissé notre garde. »

Chapitre 4 : l’enquête policière

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Le chauffeur de taxi Serge Scrosati

Le taxi a été appelé au marché Tradition de Stanstead. À 2 h du matin, le stationnement est pourtant désert. Serge Scrosati se prépare à repartir sans client. Il est un peu nerveux : il ne serait pas le premier chauffeur de taxi à être attiré dans un endroit isolé pour être détroussé à la faveur de la nuit.

Au moment de quitter le stationnement, une série de coups sourds fait vibrer l’habitacle. Boum ! Boum ! Boum ! Surgi de nulle part, quelqu’un martèle le coffre de la voiture. C’est le client. Il était tapi dans la haie de cèdres. « Il a embarqué dans mon auto, raconte Serge Scrosati. Il n’a pas dit un mot. Il a juste dit : “Lennoxville.” »

Le trajet de 45 kilomètres se déroule en silence. « Débarque-moi aux lumières », demande le client une fois arrivé au centre de Lennoxville. Il paie la course en argent comptant. L’aube n’est pas encore levée en ce jeudi 28 juin 2007.

L’homme qui descend du taxi pour se fondre dans le cœur endormi de Lennoxville a la peau noire et porte une casquette semblable à celle de Raphiou Sow. C’est tout ce que Serge Scrosati pourra en dire. Quand la police lui montrera une photo de Raphiou, le chauffeur sera incapable de confirmer qu’il s’agit bien de son client.

Les enquêteurs de la Sûreté du Québec remontent tout de même la piste. Le marché Tradition de Stanstead est situé à 2 km de la frontière canado-américaine. De l’autre côté, c’est Derby Line, un village du Vermont connu pour sa bibliothèque à cheval sur la frontière.

Les policiers découvrent que le mercredi 27 juin, en fin de soirée – soit quelques heures avant l’appel au taxi à Stanstead –, un individu correspondant à la description de Raphiou a été aperçu à la station-service de Derby Line. Puis, les enquêteurs retrouvent une voiture de location près de la frontière. Elle a été louée au nom de Raphiou Sow.

L’hypothèse de la police, c’est que Raphiou a franchi la frontière illégalement, à pied, après avoir abandonné sa voiture de location. Cette zone est un point de passage connu pour l’immigration clandestine.

Une fois au Québec, Raphiou aurait pris un taxi pour Lennoxville et demandé à être déposé à 600 mètres de la maison de Rachelle Wrathmall. Il se serait rendu chez elle à pied et l’aurait tuée avec une arme tranchante – qui n’a jamais été retrouvée.

Après la découverte du corps de Rachelle par sa sœur, le vendredi 29 juin, les enquêteurs repèrent sa Jeep Liberty dans le stationnement du Maxi Dorval, à 1 km de l’aéroport Montréal-Trudeau. « C’est là qu’on fait le lien : [Raphiou Sow] a probablement pris l’avion. On a fait des notices rouges pour l’aéroport », raconte Jacques Lavigne, enquêteur de la SQ alors chargé de l’affaire.

Son équipe passe au peigne fin les images des caméras de surveillance de l’aéroport. Elle trouve Raphiou faisant des va-et-vient entre les différents comptoirs de Royal Air Maroc, le jeudi 28 juin, en fin de journée. Il était en t-shirt, pas de valise, rien. Il a fait plusieurs comptoirs pour avoir un billet d’avion.

Jacques Lavigne, enquêteur de la SQ alors chargé de l’affaire

Faute de siège disponible, Royal Air Maroc l’a mis en attente (standby) – jusqu’à ce qu’une place se libère sur un vol pour Casablanca. Les enquêteurs établissent que Raphiou a payé en argent liquide un billet aller-retour pour la métropole marocaine. Sur une bande vidéo, on le voit embarquer à 21 h 15. Plus tard, il se fera rembourser son billet de retour.

On ne le reverra jamais au Canada. Mais Raphiou Sow ne disparaîtra pas. Des années plus tard, il refera surface en Guinée. Loin de ce qu’il avait fait croire à Rachelle et aux autorités canadiennes, il ne sera ni tué, ni emprisonné, ni persécuté dans son pays d’origine. Au contraire, il deviendra chef d’un parti politique.

Nous sommes allés à sa rencontre, en Guinée.

Enquête de Isabelle Hachey pour www.lapresse.ca

« Je savais que c’était lui » | La Presse

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