
L’alimentation constitue le troisième besoin humain le plus fondamental selon l’ONU, après l’air et l’eau. Dans le monde, l’effectif de personnes affectées par la faim reste critique, malgré les avancées sur la dernière décennie.
La bonne nouvelle est que la faim continue de reculer. La mauvaise est que cette baisse ne sera pas suffisante par atteindre les ambitions affichées d’ici 2030. C’est ce qu’il faut retenir du rapport « State of Food Security and Nutrition in the World » (SOFI) publié le mardi 21 juillet par plusieurs agences onusiennes dont l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), le Programme alimentaire mondial (PAM), l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef) et le Fonds international pour le développement agricole (FIDA).
En 2025, selon cette publication de référence, 645 millions de personnes (7,8 % de la population mondiale) ont souffert de sous-alimentation chronique, soit environ 14 millions de personnes de moins qu’en 2024 grâce à l’amélioration des indicateurs en Asie ainsi qu’en Amérique latine et dans les Caraïbes. En outre, 2,1 milliards de personnes, soit environ 25,8 % de la population, se trouvaient en situation d’insécurité alimentaire modérée ou grave en 2025, contre 28,7 % en 2020.
Alors que les auteurs se réjouissent de ce tableau global positif qui vient éloigner un peu plus les mauvais souvenirs de 2022 (pic de l’effectif touché par la faim estimé à environ 688 millions de personnes), la réalité demeure mitigée pour le continent africain. Si la prévalence y a reculée en 2025 pour la première fois depuis 2015 (année de lancement de l’Agenda 2030) avec 20 % de la population touchée, cette avancée reste ternie par un triste record : celui du nombre absolu de personnes touchées par la faim. 309 millions de personnes y ont été affectées l’année dernière, dépassant ainsi l’Asie et ses 292 millions de personnes touchées.
« Les améliorations enregistrées entre 2024 et 2025 en Afrique de l’Est, en Afrique centrale et en Afrique de l’Ouest ont contribué à une légère baisse globale de la prévalence de la sous‑alimentation (PoU) sur le continent, suffisante pour compenser une hausse marginale en Afrique australe. Il n’y a pas eu de changement en Afrique du Nord, qui affichait en 2025 le PoU le plus faible de la région, soit 9,8%, contre 12,3% en Afrique australe, 16,9% en Afrique de l’Ouest, 25,6% en Afrique de l’Est et 28,9% en Afrique centrale », détaille le rapport.
Pour le reste, les agences onusiennes ne se font pas d’illusions sur l’objectif « Faim zéro » fixé en 2015 pour 2030 dans le cadre des objectifs de développement durable. Si le nombre de personnes sous-alimentées sera en baisse, entre 510 et 520 millions de personnes pourraient encore souffrir de la faim en 2030, dont 56 % en Afrique.
L’alimentation saine, un casse-tête persistant
Au-delà des indicateurs sur la faim, le rapport fait également une analyse de l’évolution du coût et de l’accessibilité économique d’une alimentation capable de couvrir les besoins énergétiques et nutritionnels d’une personne, en s’appuyant sur un panier alimentaire type pour adulte, apportant environ 2 330 kilocalories par jour.
Sur l’année écoulée, le nombre total de personnes dans le monde qui n’avait pas les moyens de s’alimenter sainement a atteint 2,69 milliards contre 2,97 milliards d’individus en 2021. Là encore, les écarts restent marqués, 66,6 % de la population africaine étant concernée, soit plus du double de la part estimée en Asie ainsi qu’en Amérique latine et dans les Caraïbes.
Selon les auteurs, le coût d’une alimentation saine (CoHD) a augmenté de près de 25 % entre 2021 et 2025. Il s’élevait en moyenne à 4,28 $ en parité de pouvoir d’achat (PPA) par personne et par jour en 2025, contre 3,44 $ en 2021. « Le coût d’une alimentation saine en 2025 était le plus élevé en Amérique latine et dans les Caraïbes, à 4,91 dollars PPA, contre 4,35 dollars PPA en Afrique, 4,33 dollars PPA en Asie et 3,64 dollars PPA en Amérique du Nord et en Europe, avec d’importantes différences au niveau sous-régional », soulignent-ils.
Face à cette tendance, le rapport estime que les réponses pour réduire le CoHD doivent être adaptées au contexte local et agir sur deux leviers à la fois : augmenter l’offre d’aliments nutritifs à travers une meilleure productivité agricole, de bons investissements dans la recherche et la bonne logistique et réduire les coûts tout au long de la chaîne de valeur.
« Les activités après la sortie de l’exploitation représentent 70 à 75 pour cent du prix payé par les consommateurs ; jusqu’à 40 pour cent des coûts dans la chaîne de valeur interviennent aux stades de la transformation intermédiaire, des services logistiques et des marchés de gros. Pour faire baisser les prix des denrées alimentaires périssables qui entrent dans la composition d’une alimentation saine, il est indispensable d’améliorer l’efficience à ces stades », préconisent les agences onusiennes.
Espoir Olodo (Agence Ecofin)
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