
En 2007, la Québécoise Rachelle Wrathmall est retrouvée poignardée chez elle, à Lennoxville. Pour la police canadienne, le principal suspect est son mari, le Guinéen Rafiou Sow, qui disparaît aussitôt et refait sa vie à Conakry. Dix-neuf ans plus tard, aucun tribunal n’a jugé ce dossier.
Les enquêteurs de la Sûreté du Québec disent être convaincus de sa responsabilité, mais se heurtent à l’absence de traité d’extradition avec la Guinée. De son côté, Rafiou Sow nie toute implication, tout en refusant d’entrer dans le détail des faits.
Pourtant, le droit guinéen permet de poursuivre un ressortissant pour un crime commis à l’étranger, dès lors que l’infraction est aussi punissable dans l’État de commission. Les juridictions guinéennes ne peuvent donc pas se retrancher derrière le seul argument de l’extradition : elles ont la faculté – et, pourrait‑on dire, le devoir – d’examiner ce dossier.
Reste l’obstacle de la prescription : en Guinée, les crimes de droit commun se prescrivent en principe par dix ans, sauf crimes internationaux imprescriptibles. Mais invoquer la prescription sans même vérifier s’il existe des actes de poursuite au Canada ou en Guinée reviendrait à transformer une difficulté technique en refuge commode pour l’impunité.
Au‑delà du cas individuel de Rafiou Sow, l’enjeu est clair : la Guinée veut‑elle être perçue comme un État de droit qui lutte contre les féminicides, ou comme un havre où un crime commis à l’étranger disparaît dès qu’il croise la frontière ?
À cette question, seule une réponse judiciaire, transparente et courageuse, pourra convaincre.
Sékou Oumar Camara
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