Minéraux critiques : l’Afrique de l’Ouest, prochain théâtre de la rivalité sino-américaine ?

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Plus connu pour son or, le sous-sol ouest-africain héberge aussi du lithium, du graphite, du cuivre et du coltan. Ces ressources critiques sont au cœur d’un jeu d’influence entre grandes puissances. Déjà bien installée en RDC et en Afrique australe, la rivalité sino-américaine pourrait s’y étendre.

La présence de l’agence américaine International Development Finance Corporation (DFC) au Mining on Top Africa, début juillet à Paris, traduit les efforts de Washington pour se faire une place dans le secteur minier ouest-africain, où plusieurs actifs sont déjà contrôlés par des groupes chinois. Sa participation à ce rendez-vous dominé par l’Afrique francophone, où plusieurs pays ouest-africains étaient représentés, intervient environ 18 mois après l’ouverture de son bureau régional à Abidjan. Depuis cette implantation, l’institution américaine évalue dans la sous-région des projets d’extraction, de transformation ainsi que les infrastructures nécessaires à leur développement.

« Les opportunités sont immenses », a indiqué à Agence Ecofin Biro Condé, directeur régional de la DFC pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, en marge de l’événement. Sans dévoiler les dossiers étudiés, il évoque un « bon nombre de projets » en cours d’évaluation, notamment en Guinée, où plusieurs initiatives associent exploitation minière et transformation locale.

Si cet intérêt reste moins avancé que l’engagement américain observé ailleurs sur le continent, notamment avec le corridor de Lobito en Angola et en RDC (avec une extension jusqu’en Zambie), la stratégie plus offensive des Etats-Unis en Afrique de l’Ouest se mène en parallèle d’une présence chinoise renforcée. C’est d’ailleurs dans la capitale économique ivoirienne que Washington a exposé sa vision des chaînes de valeur africaines, lors du Forum ministériel sur les minéraux critiques organisé le 10 juillet par la Banque africaine de développement. Sans désigner directement la Chine, le département américain du Trésor y a défendu une approche fondée sur les infrastructures, le capital privé, une énergie disponible et la transformation locale.

Pékin investit déjà…

Dans la sous-région, il faut dire que Pékin dispose déjà d’actifs de minéraux critiques, notamment deux mines de lithium sous le contrôle d’entreprises chinoises au Mali. Cette présence pourrait bientôt s’étendre au Ghana, car Zhejiang Huayou Cobalt a conclu en mai 2026 deux accords pour prendre le contrôle du projet de lithium Ewoyaa. Le groupe chinois propose 210 millions de dollars pour acquérir Atlantic Lithium, propriétaire majoritaire du projet, et 71 millions pour racheter les droits que l’australien Elevra Lithium y détient. Les opérations restent soumises à des approbations, mais leur finalisation risque d’éloigner la future production d’Ewoyaa du marché nord-américain que ciblaient Elevra Lithium et Atlantic Lithium.

Le lithium n’est néanmoins pas le seul minerai susceptible d’attirer l’intérêt des deux grandes puissances dans la sous-région. Le Ghana dispose par exemple de ressources en graphite, tout comme la Guinée. La Côte d’Ivoire produit déjà du nickel et du manganèse, tout en menant des travaux sur le cuivre, le lithium et le coltan. À Issia, la société publique SODEMI s’est d’ailleurs associée à un partenaire chinois pour développer un gisement de coltan.

Washington prospecte encore

Pour combler son retard, la DFC met en avant une gamme d’outils allant de la dette aux prises de participation, en passant par l’assurance contre le risque politique et le financement de la préparation des projets. L’institution ne finance toutefois pas l’exploration, souligne M. Condé. Elle peut intervenir une fois la ressource définie et le projet suffisamment avancé vers son développement commercial. La DFC dit aussi pouvoir financer des usines de transformation, un argument susceptible de répondre aux ambitions des États ouest-africains. Son intervention reste conditionnée à la solidité financière et technique du projet et de son promoteur, ainsi qu’aux retombées potentielles pour les communautés et les entreprises locales.

La DFC assume par ailleurs un objectif stratégique. Ses financements doivent contribuer à diversifier les chaînes d’approvisionnement, tout en renforçant les relations économiques avec les États-Unis. Dans cette quête, l’approche américaine ne se limite pas aux mines. Les déficits énergétiques, les ports et les corridors ferroviaires comptent parmi les principaux obstacles au développement des gisements ouest-africains. Le discours porté à Abidjan résume bien que ce sont ces besoins africains que l’offre américaine cherche à cibler.

Au forum de la BAD, le représentant du Trésor américain Jeremy Wiggins l’a exposé en trois termes : « capitaux, kilowatts et clients ». Mais pour devenir une puissance qui compte dans le secteur minier sous-régional, les Etats-Unis ne pourront sans doute pas seulement se contenter de discours ou de subventions ? Alors que les Etats ouest-africains veulent davantage de transformation locale, les prochaines annonces de Washington pour cette sous-région seront à scruter.

Emiliano Tossou (Agence Ecofin)

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