Irokko, la solution guinéenne qui plante des arbres sur quatre continents

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Le Guinéen Saliou Diallo n’est plus à présenter. Depuis plusieurs années, la presse mondiale suit son parcours : finaliste du Global Disruptive Tech Challenge organisé par la Banque mondiale et l’UNEP en 2021, visant à identifier les solutions les plus innovantes face à l’asséchement de la Mer d’Aral au Kazakhstan ; lauréat du prix Best African Solution en 2024 à Paris ; et récipiendaire d’un doctorat honoris causa en juin 2026 à Kigali. Saliou Diallo incarne une génération d’entrepreneurs africains de la diaspora qui ont choisi de mettre leur expertise au service du bien collectif. Depuis 2017, l’entreprise qu’il a fondée, Irokko, conjugue innovation technologique et innovation sociale, application mobile, logiciel pour les organisations et reboisement pour atténuer les effets des changements climatiques.

Mais au-delà du bilan, une question se pose désormais avec plus d’acuité : et l’Afrique, dans tout ça ? Alors que nos pays cherchent des voies vers des économies résilientes et décarbonées, Saliou Diallo entend bien y jouer un rôle, un chantier qu’il abordera plus en détail dans les prochaines semaines.

Entretien avec un homme partie prenante aux différentes COP, avec un apport inestimable dans la lutte contre le changement climatique.

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Comment est né le projet Irokko ?

Saliou Diallo : En 2015, j’ai souhaité me lancer corps et âme dans la lutte contre le changement climatique. Je voulais démontrer qu’en tant qu’Africain, on pouvait s’impliquer et faire sa place sur des enjeux hautement stratégiques pour l’avenir de l’humanité. C’est ce qui m’a poussé à lancer cette initiative, avec l’ambition de l’étendre sur plusieurs continents, dont l’Afrique en particulier. Le leitmotiv était de proposer des solutions globales face à des défis mondiaux.

Concrètement, en quoi consiste Irokko ?

Saliou Diallo : Irokko est aujourd’hui la seule entreprise qui repose sur trois solutions climatiques intégrées. La première s’adresse aux citoyens, à travers une application mobile. Nous pensons que les citoyens doivent être au cœur de l’action climatique. On nous a longtemps vendu la lutte contre le changement climatique comme un défi coûteux et complexe. Ce n’est pas toujours le cas. Avec Irokko, nous avons voulu leur donner un outil numérique fiable, simple, qui permette d’agir immédiatement. L’application utilisée dans 66 de pays, est traduite en français, anglais, espagnol, portugais et chinois. Elle permet de calculer son empreinte carbone et de planter des arbres en quelques clics depuis son smartphone. Ces arbres sont plantés au Pérou, au Guatemala, en France, au Québec, et bientôt au Sénégal. L’application a été totalement refondée. Plusieurs fonctionnalités permettent désormais d’entretenir un lien social, nous voulions que l’app soit aussi un réseau social climat, et c’est aujourd’hui le cas. La nouvelle version vient d’être achevée et sera lancée officiellement un peu avant la COP31.

La deuxième solution s’adresse aux organisations : États, banques, entreprises et municipalités. Pour les banques, elle permet d’établir le portrait des émissions de gaz à effet de serre (GES) de leur portefeuille client. Pour les entreprises, elle permet de réaliser leur bilan GES et d’identifier des pistes de réduction carbone. Pour les États et les municipalités, elle offre un suivi des émissions sur leur territoire, afin de décarboner les économies et générer des revenus verts au niveau national. Il y a là un enjeu de souveraineté multiforme, à la fois climatique, économique, numérique et diplomatique. C’est peut-être la dimension la plus stratégique de ce que nous faisons.

Enfin, la troisième solution repose sur des solutions fondées sur la nature : nous plantons des arbres sur des terres en friche pour stocker du carbone, dans le cadre de projets pensés sur le temps long. L’objectif est de constituer de véritables forêts capables de stocker du carbone durablement, tout en régénérant la biodiversité là où elle avait disparu.

Aujourd’hui, l’un des projets que nous développons et qui me tient le plus à cœur se situe sur la Grande Muraille Verte africaine. C’est un ambitieux projet carbone en termes de superficie, d’enjeux environnementaux et sociaux. Il implique plusieurs partenaires gouvernementaux et la FAO.

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Vous parlez d’une innovation à la fois technologique et sociale. Que voulez-vous dire par là ?

Saliou Diallo : L’innovation technologique, ce sont les deux premières solutions que je viens de décrire. Mais notre démarche est aussi sociale, car nous nous appuyons fortement sur les conventions et accords internationaux, notamment l’article 23 de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, que nous appliquons concrètement dans notre fonctionnement. Concrètement, pour chaque arbre planté avec Irokko, les planteurs reçoivent le même montant, où qu’ils se trouvent sur la planète, ce montant étant fixé en fonction du coût du reboisement au Québec. Pour nous, cet article incarne exactement le principe « à travail égal, salaire égal ». Si ce principe était étendu à l’échelle mondiale dans certains secteurs d’activité, il constituerait un outil puissant de lutte contre les inégalités et la pauvreté dans le monde. C’est bien mieux de payer dignement les gens plutôt que de les soumettre à l’aide internationale, qui crée de la dépendance là où nous avons besoin de dignité et d’autonomie.

Et la suite ?

Saliou Diallo : Cette fin d’année sera particulièrement importante pour Irokko. Une nouvelle version de l’application sera lancée à l’automne, avec des fonctionnalités pensées pour renforcer l’engagement quotidien des citoyens dans l’action climatique. Je serai également présent à la COP31 à Antalya, en novembre, où j’animerai une conférence sur la valorisation de l’action climatique des États francophones d’Afrique. Ce sont entre autres des étapes que j’aurai plaisir à partager avec vous dans les prochaines semaines.

La rédaction

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