En dix ans, les transferts d’argent de la diaspora en Afrique ont explosé

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124 milliards de dollars : c’est le montant des transferts d’argent qui ont été effectués vers l’Afrique en 2025. C’est une hausse de 86 % par rapport à il y a 10 ans, révèle une étude du Fonds international de développement agricole (Fida) publiée en ce début de semaine. Cinq pays (Égypte, Nigéria, Maroc, Éthiopie, Kenya) reçoivent les trois quarts des transferts. Cependant d’autres régions, l’Afrique de l’Ouest en particulier, ont enregistré un boom important.

Dans la Goutte-d’Or à Paris pullulent les officines de transfert d’argent. Dans cette petite boutique de la rue Doudeauville, le guichet ne désemplit pas. Les habitudes sont rodées. Pièce d’identité, numéro de téléphone, Mohamed sort un billet de 50 euros. Il transfère chaque mois de l’argent vers le Sénégal. « Pas beaucoup d’argent », estime-t-il. Pour ce boucher, arrivé il y a 10 ans à Paris, la question de faire des transferts d’argent à la famille ne se pose même pas. « Il y a des gens au bled qui sont malades. On envoie de l’argent pour des médicaments. C’est ça le but. S’il y a des problèmes, ils nous le disent et [on essaie] de régler ça. C’est un peu dur mais on les soutient parce qu’on est là pour eux. On travaille pour la famille », témoigne Mohamed.

Les flux d’argent de la diaspora en Afrique de l’Ouest ont explosé ces dernières années. +65 % au Sénégal, +417 % en Côte d’Ivoire. Plusieurs raisons à cela, selon Luc Kpenou, consultant en systèmes de paiement et service digital. « Le mobile money, forcément, a ramené de la proximité. On n’est plus limité simplement au fait qu’on n’est pas bancarisé. Et la faiblesse des agences bancaires a été remplacée par le maillage des distributeurs de mobile money qui sont un peu partout. Donc déjà, cette proximité, cette facilité d’usage est vraiment l’un des critères les plus importants », explique l’expert. Autre facteur, la concurrence qui s’est faite dans la région.

« C’est plutôt un facteur stabilisateur »

« Plusieurs acteurs ont été obligés de réajuster leur modèle économique pour s’aligner un peu sur les nouveaux entrants qui sont venus et qui étaient quand même assez agressifs en termes de tarification. Ça a été profitable pour les usagers. Quand le transfert coûte moins cher, forcément vous avez tendance à transférer un peu plus et plus souvent », poursuit Luc Kpenou. Autre facteur, les corridors de travailleurs saisonniers dans la région qui dynamisent ces flux financiers.

Ces transferts d’argent représentent parfois près d’un quart du PIB des États, c’est le cas aux Comores, par exemple, en Gambie ou au Liberia. Pour Frédéric Ponsot, expert du Fida, cette dépendance aux flux de la diaspora n’est pas une fragilité. « C’est plutôt un facteur stabilisateur, assure-t-il. Dans le même temps, comme vous le savez, l’aide au développement a beaucoup diminué. Et puis les investissements directs étrangers sont assez erratiques. Quelles que soient les crises économiques, 2007, Covid… On a constaté en fait qu’au moment où il y a des crises, des crises économiques, ce qui se passe, c’est que les migrants, quelle que soit la situation dans laquelle ils se trouvent, ils regardent la situation dans laquelle leurs familles se trouvent et ils font les sacrifices nécessaires », détaille Frédéric Ponsot.

Reste le défi de l’interopérabilité – car l’essentiel des flux migratoires sont intra-africains. Il s’agit de fluidifier les envois entre pays et de faire baisser les coûts des transferts d’argent. Ils atteignent en moyenne 7 % et font du continent la région la plus chère dans le domaine.

Auteur : RFI

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