
Ebola Bundibugyo ! Une nouvelle souche qui marque le « come-back » de Ebola en République Démocratique du Congo. Un retour triomphal est-on tenté de dire, en se permettant un peu de cynisme, au regard de la comptabilité macabre et du nombre de décès qui ne cessent de s’alourdir, mais surtout de l’incapacité des autorités à mettre en place un dispositif épidémiologique fiable, qui doit être juste déclenché, à chaque apparition du fléau, bien connu dans cette partie de l’Afrique. Le gouvernement, pour l’instant, en attendant l’aide extérieure, continue de compter les morts et les populations de l’Ituri, épicentre de la maladie, elles n’ont leurs yeux que pour pleurer leurs proches, disparus.
Si les chiffres de cas suspects et de décès ne font que monter en flèche, ils sont pourtant loin de refléter la réalité, car il y a des malades et des morts non comptabilisés, car ignorés par les structures hospitalières. Le bilan ne fait que s’alourdir : ce jeudi 21 mai, le ministère congolais de la Santé a évoqué « 626 cas suspects » pour « 159 décès probablement dus à Ebola ».
Et sans répit, Ebola poursuit sa course effrénée, allant des zones de Mongwalu à Goma, en passant par Bunia, Rwampara, Butembo et Niakunde. Une lancée qui, visiblement, n’est pas prête de s’arrêter. La maladie, en l’absence de vaccin, défie allègrement le peu de moyens mis en œuvre, pour l’instant, pour l’endiguer et surfe sur le non-respect décrié des mesures-barrières par des populations qui continuent de s’entasser dans des véhicules, de circuler sans cache-nez tout en se saluant chaleureusement par des poignées de main et des accolades, et d’enterrer les leurs, emportés par l’épidémie, se mettant donc en contact dangereux avec le mal. Certes, selon les sources habiletés à le faire, Ebola Bundibugyo, n’a pas encore quitté officiellement la RD Congo, mais pour combien de temps encore ? Réputées pour leur porosité, pour plusieurs raisons dont la cupidité de ceux qui sont en charge de les surveiller, les frontières africaines, qu’elles soient aériennes, terrestres ou maritimes, pourront-elles résister encore longtemps, au mal qui, du reste, n’a besoin ni de passeport, ni de visa, pour voyager ?
Pendant que Ebola avance en Ituri, Kinshasa abrite les réunions et conseil des ministres extraordinaire dans les salons feutrés. Pendant que Ebola sévit, la RD Congo fait face à une guerre que lui impose l’AFC/M23 soutenu par le Rwanda voisin. Pendant que Ebola fait des ravages, le président de la république, Félix Tshisekedi, pense, lui, tous les matins en se rasant, à la révision de la constitution qui doit lui permettre de briguer un troisième mandat, « si le peuple le lui demande », gentiment ! En tout cas, pendant que Ebola fonce presqu’en roue libre, la riposte, elle, se met difficilement en place.
Comme à l’accoutumée en RD Congo, comme ailleurs sur le continent, la politique sanitaire, avec des hôpitaux qui manquent de tout, jusqu’au simple comprimé d’aspirine, n’est souvent visible que sur papier et développée avec brio et emphase lors des campagnes électorales. Sur le terrain, c’est la désolation ! De toute façon, ce n’est pas le ministre ou le Directeur général et leurs familles qui, au moindre mal de tête se dirigent vers les meilleurs plateaux de soins en Europe, qui seront les moutons de sacrifice immolés sur l’autel d’Ebola ! Malheureusement, même les populations menacées ne prennent pas toute l’ampleur du danger et se moquent des gestes-barrières. Le comble !
Il est temps, et grand temps pour les Africains, de mettre en place des mécanismes efficaces contre les épidémies connues et reconnues, afin de les déclencher à la première alerte ! Sinon, ça sera toujours « le médecin après la mort », pour ne pas dire les morts, comme en Ituri !
Par Wakat Séra (Burkina)
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