
Oman accélère sa diversification hors hydrocarbures en s’appuyant sur son fonds souverain, ses ports et ses entreprises. Cette stratégie rencontre les besoins africains de capitaux, d’infrastructures et de nouveaux partenaires économiques.
La visite officielle de Paul Kagame à Oman en ce début de semaine s’inscrit dans une succession de déplacements de dirigeants africains, où les dossiers économiques occupent une place centrale. Après l’Algérien Abdelmadjid Tebboune et l’Angolais João Lourenço en 2024, puis le Botswanais Duma Boko en avril dernier, le président rwandais est venu discuter avec le sultan Haitham ben Tariq d’investissements dans les mines, les énergies renouvelables, la sécurité alimentaire, les ports secs, la logistique et la santé.
La visite de deux jours de Paul Kagame dans le sultanat situé à la pointe de la péninsule Arabique prolonge un rapprochement économique déjà engagé entre les deux pays. En janvier, le Rwanda et Oman ont signé quatre accords couvrant les ports secs et les chaînes logistiques, les centres de données et le cloud, la coopération aéroportuaire et la connectivité aérienne. Depuis juillet, la compagnie aérienne omanaise SalamAir assure deux vols directs par semaine entre Mascate et Kigali.
Capitaux et partenariats sectoriels
Kigali et d’autres gouvernements africains viennent chercher à Oman des investisseurs et des partenariats dans des secteurs clés de leurs économies. Au Botswana, le déplacement de Duma Boko a débouché sur des accords concernant notamment l’exploration minière, dans un contexte où Gaborone cherche à diversifier son secteur minier pour réduire la dépendance aux diamants. Les accords ont également porté sur le stockage de produits pétroliers et le développement d’une centrale solaire.
Du côté de l’Angola, la visite du président João Lourenço en décembre 2024 a conduit à un accord prévoyant l’acquisition d’une participation dans les mines de diamants de Catoca et Luele, ainsi qu’à des protocoles sur l’énergie et des initiatives financières. Le rapprochement avec Luanda s’est depuis prolongé dans la finance. Entré en activité en 2026, l’African Bank of Oman, contrôlée par des investisseurs du sultanat, se présente comme une banque d’entreprise et d’investissement destinée notamment au financement du commerce entre l’Angola et les pays du Conseil de coopération du Golfe.
L’un des fils conducteurs de ces initiatives est l’Oman Investment Authority (OIA). À l’occasion des accords conclus avec le Botswana en avril, son président Abdulsalam Al Murshidi a présenté le fonds souverain comme un bras de la « diplomatie économique » du sultanat. Avec l’Algérie, un accord signé en mai 2025 prévoit ainsi un fonds commun de 300 millions de dollars, financé à parts égales et destiné notamment à la sécurité alimentaire, à la pharmacie et aux mines.
Un rapprochement encore modeste
L’ouverture vers Mascate s’inscrit plus largement dans une stratégie de diversification des partenaires menée par plusieurs gouvernements africains. L’European Council on Foreign Relations (ECFR) relève que les dirigeants du continent profitent d’un environnement international plus fragmenté pour mettre davantage en concurrence les puissances extérieures et accéder à de nouvelles sources de financement.
Les pays du Golfe proposent notamment des capitaux publics pouvant être mobilisés rapidement autour de projets ciblés. Oman reste cependant un acteur encore marginal, le pays n’ayant signé que deux traités bilatéraux d’investissement avec les pays africains situés au sud du Sahara. Fin 2024, l’Afrique ne représentait que 0,2 % des actifs de l’OIA contre par exemple 8,8 % en Europe.
Au-delà d’éventuels nouveaux accords de coopération économique signés à l’issue de la visite du président rwandais ce mardi, il faudra donc suivre dans les prochains mois la concrétisation des liens noués récemment entre le sultanat et ses partenaires africains. L’avancement des projets d’infrastructures et des investissements omanais sur le continent, ainsi qu’une exposition accrue de l’OIA à l’Afrique, permettront de mesurer l’ampleur prise par ce rapprochement.
Emiliano Tossou (Agence Ecofin)
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