
Premier producteur mondial de bauxite, la Guinée cherche désormais à mieux valoriser ses ressources minières, entre transformation locale, diversification des partenaires et renforcement du rôle de l’État dans la chaîne de valeur.
La Guinée veut utiliser son nouvel accord avec Glencore sur la bauxite pour élargir la coopération avec le négociant suisse au raffinage de l’alumine, à l’énergie et à d’autres investissements stratégiques. Pour Conakry, le partenariat conclu autour de Nimba Mining Company (NMC), le producteur public de bauxite, peut servir de point d’entrée vers des activités situées plus en aval de la filière minière.
Signé la semaine dernière, l’accord prévoit un préfinancement de plus de 300 millions de dollars et la commercialisation par Glencore de 10 à 12 millions de tonnes de bauxite par an pendant cinq ans, soit jusqu’à 60 millions de tonnes sur la période.
Le ministre guinéen des Mines, Bouna Sylla, a indiqué que Glencore avait manifesté un intérêt pour développer davantage ses activités dans le pays. « Sur la base de cet accord, nous développerons le partenariat avec Glencore au-delà de la bauxite, notamment dans le raffinage de l’alumine, l’énergie et d’autres investissements stratégiques », a-t-il déclaré. Aucun montant, calendrier ou projet précis n’a été annoncé pour ces éventuels investissements.
Nimba veut financer la diversification par la bauxite
Créée en août 2025 après la reprise des actifs de Guinea Alumina Corporation, Nimba doit permettre à l’État guinéen de développer de nouvelles activités à partir des revenus générés par la bauxite. La société constitue ainsi l’un des principaux instruments de la stratégie de Conakry visant à accroître la transformation locale des ressources minières.
La société a effectué son premier chargement en novembre 2025, avec 200 000 tonnes, et affirme avoir depuis exporté plus de 5 millions de tonnes. Elle vise 10 millions de tonnes en 2026, puis 12 millions de tonnes par an à partir de 2027, avant d’atteindre 14 millions de tonnes par la suite.
Ces volumes doivent soutenir plusieurs projets. Nimba travaille sur une raffinerie d’alumine et prévoit également des activités dans l’or et les métaux de base. Dans l’or, elle a conclu un accord avec l’australien Resolute Mining pour explorer des opportunités en Guinée. Le projet consacré aux métaux de base doit progresser vers une étude de faisabilité bancaire.
L’accord avec Glencore apporte donc à Nimba les moyens de sécuriser une partie du financement et de la commercialisation de sa production, tandis que les discussions annoncées par Conakry portent déjà sur les activités nécessaires pour accroître la valeur créée localement.
Une ouverture qui ne remet pas en cause le rôle de la Chine
Cette stratégie intervient dans un secteur où la Guinée reste fortement dépendante de ses débouchés chinois. Le pays est devenu en 2023 le premier producteur mondial de bauxite et a commencé à exporter du minerai de fer de Simandou en 2025. Plus de 70 % de ses exportations de bauxite sont toutefois destinées à la Chine, tandis que des entreprises liées à Pékin détiennent une participation de contrôle dans Simandou.
Conakry entend conserver cette relation tout en développant des liens avec le Moyen-Orient et d’autres régions. Le récent règlement du différend avec Emirates Global Aluminium (EGA), producteur d’aluminium et d’alumine basé au Moyen-Orient, s’inscrit dans cette démarche.
La diversification des partenaires s’accompagne d’un renforcement du rôle de l’État dans la chaîne minière. Outre Nimba Mining, Conakry a créé la Guinéenne des transports maritimes (Guitram), appelée à prendre en charge une partie du transport maritime des exportations, conformément au droit de l’État à 50 % du transport maritime prévu par le Code minier.
Pour Glencore, la relation avec la Guinée repose donc pour l’instant sur la bauxite de Nimba. Côté Conakry, elle ouvre une possibilité plus large, celle d’attirer un acteur international du négoce vers des projets de raffinage et d’énergie, alors que le pays cherche à convertir sa position de premier producteur mondial de bauxite en davantage d’activités créatrices de valeur sur son territoire.
Olivier de Souza (Agence Ecofin)
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